Bernard Landry, un premier ministre à hauteur d’État

28 mars 2026

Le 11 janvier 2001, Lucien Bouchard annonce, à la surprise générale, sa démission. Bernard Landry lui succède à la direction du Parti québécois et devient premier ministre du Québec. C’était il y a 25 ans, le 2 mars 2001. Devenir premier ministre, c’est un rêve que M. Landry a longtemps caressé et qui se réalise enfin. Debout devant parents et amis, il refait sans doute le chemin qui l’a conduit jusque-là.

Assermentation du conseil des ministres, 8 mars 2001. Source : Fonds Assemblée nationale du Québec. Photo : Daniel Lessard.

L’indépendance et l’économie

Né en 1937 à Saint-Jacques, près de Joliette, Bernard Landry développe un intérêt pour la politique, alors qu’il n’est encore qu’un étudiant. Il entreprend des études en droit à l’Université de Montréal, animé par la devise « Au service de la nation ». M. Landry poursuit ensuite sa formation juridique à Paris.

Il revient à Montréal à temps pour entendre le président français, Charles de Gaulle, prononcer une phrase qui deviendra historique : « Vive le Québec libre ! ». Ce moment confirme les convictions qui mûrissaient déjà en lui sur l’idée d’indépendance, marqué par les discours de Pierre Bourgault et de Marcel Chaput.

Doté d’une très grande culture, d’un esprit vif et rassembleur, son talent est remarqué par René Lévesque, qui recrute le jeune trentenaire au sein de son équipe. M. Landry se présente sans succès dans Joliette en 1970 et en 1973, puis il est finalement élu député du Parti québécois dans Fabre en 1976.

Rapidement, M. Landry se voit confier d’importantes responsabilités. En 1977, il est nommé ministre au Développement économique. Réélu en 1981 dans Laval-des-Rapides, il occupe diverses fonctions ministérielles, souvent liées à l’économie, jusqu’à sa défaite électorale en 1985. On lui doit notamment « Bâtir le Québec », un énoncé de politique économique qui transformera considérablement l’économie québécoise.

M. Landry revient sur la scène politique en 1994 et est élu dans Verchères, où il sera réélu à deux reprises. Au sein des cabinets de Jacques Parizeau (1994-1995) et de Lucien Bouchard (1996-2001), il occupe notamment les fonctions de vice-premier ministre, de vice-président du Conseil exécutif et de ministre à l’Économie et aux Finances, jouant un rôle central dans presque toutes les grandes orientations du gouvernement.

Le gouvernement Landry

Le 8 mars 2001, il présente son Conseil des ministres. À ses côtés, une équipe d’expérience : Pauline Marois, Guy Chevrette, Louise Harel, Jacques Brassard, Louise Beaudoin, Diane Lemieux, Jean Rochon et Rémy Trudel, pour ne nommer que ceux-là.

Dans son discours d’assermentation comme premier ministre, Bernard Landry donne l'orientation qu’il entend imprimer à son gouvernement. Ses priorités sont : la lutte à la pauvreté, le développement des régions, l’équilibre économique, l’éducation comme clé de voûte de la prospérité, ainsi que l’avancement de la question nationale.

M. Landry résume ainsi son ambition : « Faire avancer le Québec, dans tous les aspects de sa vie collective et rechercher non seulement l’égalité de nos compatriotes quant à leurs chances de bonheur et d’épanouissement humain, mais encore promouvoir par la solidarité l’avènement réel de cette égalité. »

Dans les mois suivants, le gouvernement Landry passe de la parole aux actes et fait adopter deux lois importantes, une sur la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale, l’autre instituant l’union civile.

En 2002, Bernard Landry et Ted Moses, grand chef de la nation crie, concluent une entente historique appelée « Paix des Braves ». Fondée sur le principe d’un partenariat de nation à nation, cette entente aura des retombées économiques et sociales majeures pour les Cris et sera considérée comme un modèle à suivre par les autres gouvernements.

Aussi en 2002, pour rendre hommage à leur courage ainsi qu’à leur combat pour la justice, l’égalité et la démocratie, M. Landry instaure la Journée nationale des patriotes.

M. Landry entend de plus donner au Québec l’envergure d’un véritable État. Parmi ses initiatives : réforme des institutions démocratiques, rapatriement des bureaux du premier ministre dans un édifice plus prestigieux (Honoré-Mercier) sur la colline parlementaire, aménagement d’appartements de fonction dans l’édifice Price.

En 2003, son gouvernement est défait lors des élections. Bernard Landry assume dès lors le rôle de chef de l’opposition officielle, poursuivant inlassablement ses priorités : la souveraineté et le développement économique du Québec.

Reconnu pour sa fougue et ses formules percutantes forgées par une éducation classique, M. Landry quitte la vie politique le 6 juin 2005, à la suite d’un vote de confiance qu’il a remporté mais que ses proches conseillers jugent insatisfaisant, une décision qu’il dira plus tard avoir regrettée.

Bernard Landry, le « patriote de Verchères », s’éteint en 2018, laissant l’image d’un homme profondément engagé au service du Québec. Il aimait rappeler ces mots du poète Gaston Miron : « Je n’ai jamais voyagé vers autre pays que toi mon pays. » Cette phrase résume l’attachement indéfectible qu’il portait à sa patrie et la constance de son engagement.