Les Prix Lionel-Groulx 2025 décernés à Louise Bienvenue et Bruno Boulianne

11 décembre 2025
Récipiendaires des prix Lionel-Groulx 2025

Lors de sa première édition, la cérémonie des prix Lionel-Groux de la Fondation Lionel-Groulx a récompensé l’historienne Louise Bienvenue pour la biographie Marie-Claire Daveluy. Une femme à la table des historiens (1880-1968), parue chez les Presses de l’Université Laval, ainsi que le réalisateur Bruno Boulianne pour son documentaire Machine de rêve.

Dotés chacun d’une bourse de 3000 $, ces prix soulignent l’excellence du travail accompli par les historiens professionnels et par les passionnés de l’histoire du Québec et de l’Amérique française.

La remise des prix s’est déroulée hier soir en présence des lauréats, des membres du jury, de la présidente du conseil d’administration, Isabelle Fontaine, et de la directrice générale de la Fondation Lionel-Groulx, Myriam D’Arcy.

Nous tenons également à remercier monsieur Georges Aubin de Royal Photo, qui était sur place pour remettre un chèque-cadeau d’une valeur de 2000 $ à Bruno Boulianne.

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Meilleur livre – Rapport du jury

Notre jury a évalué 26 titres. Cette production variée couvrait tous les genres (femmes, Autochtones, relations raciales, politique, vie urbaine, institutions, guerre, représentations sociales, histoires de vie, biographie, modernité, sciences, histoire locale ou régionale, littérature) et toutes les époques, de la Nouvelle-France au XXe siècle.

Il devait s’agir de l’étude d’un domaine inexploré de l’historiographie de l’Amérique française à l’aide d’une problématique originale; d’un apport dans la compréhension des questions de société actuels; d’une recherche de qualité en termes de problématique et de l’emploi de sources variées; d’un enrichissement de la méthode historique grâce entre autres au recours à la pluridisciplinarité; d’un exposé clair et précis.

Un ouvrage s’est démarqué. La palme va au livre de Louise Bienvenue, Marie-Claire Daveluy. Une femme à la table des historiens (1880-1968), Québec, Presses de l’Université Laval, 2025 (coll. Fabrique d’histoire)

Louise Bienvenue a relevé avec brio le défi que représente toute biographie pour une historienne. Voici celle d’une devancière qui fut une autrice discrète, mais prolifique, une romancière populaire doublée d’une biographe érudite, une femme d’action en retrait des lieux de décision, une gardienne de la mémoire investie dans l’histoire, une laïque animée par une foi ardente, une féministe modestement reconnue de son vivant et discrètement effacée après sa mort, tout à la fois une femme de tradition et de modernité, reflet fidèle d’un Québec alors en pleine transformation.  

Marie-Claire Daveluy méritait en effet une plus large visibilité dans notre historiographie parce qu’elle a été une pionnière dans plusieurs sphères où les femmes ont dû batailler sans cesse pour occuper des places qui leur ont été longtemps refusées dans notre société, et qui sont encore loin d’être tenues pour acquises. Elle a renoncé, pour s’accomplir, à fonder une famille, comme il était attendu des femmes de son temps, ou encore à consacrer sa vie au service de Dieu.

En politique, elle s’est impliquée dans l’action féministe nationale avec la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, pour le suffrage féminin et pour la défense de l’enseignement français en Ontario à l’époque du Règlement XVII. C’est là qu’elle fit ses premières armes en journalisme. Mais ce n’était qu’une première facette de sa personnalité. Car concurremment, et avec de très faibles moyens, elle s’investit dans la professionnalisation du métier de bibliothécaire et d’archiviste, justement à ce moment charnière où apparaissent de nouvelles institutions culturelles à Montréal. Menant plusieurs vies de front, elle écrivit dans des périodiques d’action nationale, d’un côté, et de formation de la jeunesse, de l’autre. On retrouve son nom dans les pages de la revue L’Oiseau bleu et des contes pour enfants, sur les couvertures de romans d’aventures et dans le théâtre historique.  

Rendre leur place aux femmes dans l’histoire et dans son écriture a été une de ses grandes réussites. Sa biographie de Jeanne Mance a mis en lumière le rôle prééminent de cette hospitalière laïque dans la fondation de Montréal. Sa quête inlassable de preuves documentaires a élevé les standards de l’écriture de l’histoire. Au moment où l’histoire se professionnalisait, sa participation à des réseaux de sociabilité, des associations et des publications dominés par des hommes a effrité la ségrégation systémique présente en éducation et dans les églises. Indirectement, ce livre rappelle aussi la place centrale acquise par Montréal dans le rayonnement du Québec et du Canada francophones.

On sait que la biographie a longtemps été traitée en enfant pauvre de l’historiographie. Louise Bienvenue a exposé le défi de pertinence posé par l’écriture biographique dans l’historiographie contemporaine. Le jeu de miroirs est fascinant : supposer que, pour Daveluy, Jeanne Mance faisait figure non seulement de modèle, mais aussi de miroir permet de percer des secrets de sa personnalité. Le miroir devient alors plus qu’un reflet, mais aussi un révélateur. Et on peut penser que pour Louise Bienvenue, la biographie de Daveluy était l’occasion non seulement de faire connaître sa devancière, mais de s’accomplir à son image, à travers une recherche exhaustive dans les sources, une herméneutique du métier d’historienne et le recours aux plus récentes réflexions sur la place de la mémoire dans l’histoire. Défis qu’elle a relevés avec brio.

Il fallait aussi relever cet autre défi posé à la production d’une histoire pertinente pour la suite de la grande aventure des francophones en Amérique. Ce livre témoigne en effet plus largement de l’histoire du Québec. Daveluy avait élaboré une manière personnelle de conjuguer ses aspirations nationales, féministes, professionnelles et religieuses. Qu’il s’agisse de repousser les barrières ou de fracasser les plafonds de verre, elle voulait offrir aux femmes francophones et croyantes des moyens d’émancipation adaptés aux temps nouveaux. Mais avec l’âge et la modestie de ses ressources financières, cela deviendrait de plus en plus difficile. Décédée en 1968 seulement un an après l’abbé Lionel Groulx, avec qui elle a longtemps collaboré à l’Institut et à la Revue d’histoire de l’Amérique française, Daveluy a été rangée dans la mémoire parmi les figures surannées de notre historiographie. Pas assez « subversive » au goût de ses jeunes contemporaines, trop conservatrice, nationaliste et religieuse, son image est tombée dans les interstices de l’histoire de la Révolution tranquille et des femmes.

Pour ce premier Prix de la Fondation Lionel-Groulx, nous félicitons Louise Bienvenue pour son Marie-Claire Daveluy. Une femme à la table des historiens, un récit soigné, fondé sur une recherche convaincante, respectant les plus hauts standards de l’historiographie, légitimant sans équivoque le genre biographique, l’importance de la commémoration dans la recherche et la reconnaissance des lieux non universitaires où se forge aussi l’histoire.

Mentions

Outre le livre de Louise Bienvenue, nous tenons à souligner l’apport remarquable de deux autres ouvrages, ceux-ci se méritant une mention.

Dans Le golfe du Saint-Laurent au XIXe siècle. Le Québec maritime de Pierre Fortin, Christian Blais offre à ses lecteurs et lectrices une étude historique remarquable, cela tant par le support physique et visuel sur lequel il se présente que par le contenu textuel et iconographique qu’il dévoile.  

Lorsqu’elles se sont intéressées au Saint-Laurent, les historiographies québécoise et canadienne ont majoritairement relevé ses qualités de route fluviale, son rôle de voie de pénétration au profit d’un accès au territoire à l’intérieur du continent. Avec l’exemple de la vie de marin « justicier » qu’a été Pierre Fortin, Christian Blais lève le voile (et nous invite à hisser les voiles…) sur un pan méconnu de notre histoire. En commandant L’Alliance, Le Doris, Le Napoléon et surtout La Canadienne dans les décennies de 1850 et 1860, Fortin veille à la souveraineté maritime sur le Saint-Laurent. En tant qu’officier de justice, il lutte contre la contrebande et l’exploitation illégale des ressources halieutiques, tout en protégeant contre incursions les habitants des villages isolés de l’estuaire et des côtes du golfe. En faisant escale dans ce chapelet de postes de pêche et de petits ports, l’ouvrage de Christian Blais retrace une histoire rythmée par les saisons de navigation et de pêche, depuis la fonte des glaces au printemps jusqu’à leur formation au retour de l’hiver.

Ce beau livre documente donc la vie et les fonctions d’une personnalité forte et atypique naviguant d’abord sur les eaux du Saint-Laurent pour ensuite affronter celles, parfois aussi tumultueuses, de l’Assemblée législative du Québec, dont il a assumé la présidence, de la Chambre des Communes et du Sénat fédéral. En s’ouvrant sur l’horizon du Golfe, l’ouvrage de Blais nous rappelle que, dans le Québec de Fortin, de grandes transformations et une remarquable mobilité géographique et humaine ont offert à une foule d’individus aux âmes bien trempées de s’illustrer.  

Une autre vie – inscrite celle-ci dans une Amérique française qui s’étend du Canada au Mexique, en passant par la Louisiane – nous est racontée avec maestria par Hans-Jürgen Lüsebrink dans Paul-Marc Sauvalle (1857-1920) : journaliste engagé et intellectuel cosmopolite canadien-français.  

Récit du parcours migratoire d’un fils de la bonne société française ayant trouvé refuge en Amérique après avoir déserté l’armée et dilapidé sa fortune auprès d’une femme, cette biographie intellectuelle aux accents dumasiens retrace la transformation d’un homme dont l’insouciance devient courage, tandis qu’il apprend le métier de journaliste à La Sentinelle de Thibodaux et à L’Abeille de La Nouvelle-Orléans. En porte-à-faux avec la très conservatrice élite louisianaise, dont il dénonce le traitement réservé aux plus pauvres qui triment dans les champs et les usines, il migre à Mexico où il rejoint l’équipe du journal Le Trait d’Union. Membre en vue de la diaspora francophone de la capitale mexicaine, ses prises de position libérales lui valent d’être expulsé du pays. Sa réputation l’ayant précédé à Montréal — dans ce monde francophone où les nouvelles sont reprises d’un journal à l’autre – Sauvalle s’intègre rapidement à l’intelligentsia canadienne-française. Marié à une protestante francophone, il met sa plume au service, durant deux décennies, de journaux libéraux tels que La Patrie, Le National et Le Canada. Défendant une vision progressiste, républicaine et anticléricale de sa société d’adoption, il ne recule devant aucune controverse à une époque dominée par les ultramontains. Mais son journalisme de combat a un coût, humain et financier. Le « passeur transculturel » termine ainsi sa vie à Ottawa, en tant que traducteur au ministère des Mines.  

À la croisée de l’histoire et des études littéraires, cet ouvrage fouillé sur les « aventures cosmopolites » de Sauvalle, rédigé dans une langue élégante, rappelle à la fois l’importante contribution des personnes immigrantes à la vie intellectuelle du Québec et du Canada français, et le dynamisme des débats qui l’ont animée, hier comme aujourd’hui.  

Marise Bachand, Dany Fougères et Patrice Groulx, 2 octobre 2025 

Meilleur livre – Allocution de la lauréate

Bonjour à tous, 
Bonjour à toutes,

Je suis profondément honorée de recevoir ce prix. J’adresse mes plus sincères remerciements à la Fondation Lionel-Groulx et, tout particulièrement, à mesdames Isabelle Fontaine, présidente, et Myriam D’Arcy, directrice générale. Je vous suis reconnaissante de m’accorder cette distinction si appréciée. Depuis plusieurs années, la Fondation contribue d’une manière remarquable à la promotion et à la diffusion de l’histoire du Québec. Les deux prix Lionel-Groulx qu’elle vient de créer s’inscrivent parfaitement dans l’esprit de ce mandat : ils représentent un geste fort pour encourager la recherche historique en langue française et pour favoriser son plus large rayonnement. Ce prix est d’autant plus significatif à mes yeux qu’il m’est attribué par un jury composé de collègues historiens et historienne que j’estime. Merci à vous, Patrice Groulx, président du jury, Marise Bachand et Dany Fougères, de m’avoir lue avec autant d’attention et de générosité.

Dans la biographie que je lui consacre, je présente Marie-Claire Daveluy comme une bibliothécaire, une femme de lettres, mais surtout comme la première historienne laïque au Québec. Consciente de son rôle pionnier, elle tenait à ouvrir la voie aux autres femmes qui seraient prêtes à marcher dans ses pas. Ce soir, en recevant ce prix, je suis émue de lui rendre hommage et de me reconnaître parmi ses héritières. J’ai envers elle une dette particulière : écrire son histoire m’a transformée et m’a fait devenir, je crois, une meilleure historienne.

Je suis convaincue que Marie-Claire Daveluy aurait été fière, par ailleurs, de savoir que le livre qui lui est consacré reçoit un prix portant le nom Lionel-Groulx. Celui qu’elle appelait parfois « cher maître » dans sa correspondance fut assurément une personnalité influente dans son parcours. Groulx incarnait à ses yeux la figure du grand historien national. Pour l’autodidacte qu’elle était, sans cours classique ni formation universitaire, il représentait un idéal intellectuel et professionnel. Je la cite en 1952 : « Quelle vie parmi les historiens de chez nous reste en effet comparable à celle du Chanoine Groulx? Qui a mesuré avec une aussi longue assiduité que la sienne la grandeur et la misère de notre passé ? ». Son admiration à l’endroit du chanoine remontait à ses grandes conférences sur les « luttes constitutionnelles » qui avaient galvanisé le public du quartier latin en 1915 et 1916. Daveluy s’en était particulièrement délectée, elle dont les sentiments patriotiques se maintenaient toujours, « à une température assez élevée », selon ses propres dires.

Lionel Groulx, pour sa part, percevait chez Daveluy non seulement une plume agile, une travailleuse infatigable, mais surtout une rigoureuse ouvrière de Clio. Son féminisme non dissimulé ne l’avait pas rebuté, manifestement, puisqu’il l’invita, dès 1917, à collaborer aux pages de l’Action française. Presque trente ans plus tard, il lui ouvrait cette fois les portes de l’Institut d’histoire de l’Amérique française et de sa revue, alors basés ici même au 261, avenue Bloomfield. Et c’est encore le chanoine qui signait, un demi-siècle après leur première rencontre, la préface du dernier livre de Marie-Claire Daveluy, La Société de Notre-Dame de Montréal (1965).

Tous ces liens confèrent assurément une profondeur de sens au prix que je reçois aujourd’hui. Puisque l’heure est à la fête, je ne m’éterniserai pas davantage sur les remerciements et je me permets de vous référer aux pages de mon livre où j’exprime plus longuement ma gratitude envers les nombreux collèges, ami·e·s et bailleurs de fonds qui ont rendu possible cet ouvrage. Pour conclure, je salue bien chaleureusement mes proches – famille et ami·e·s – qui se sont déplacés pour cette belle soirée et j’ai une pensée pour mon cher père de 92 ans, présentement hospitalisé, qui aurait sans doute aimé lever son verre avec nous aujourd’hui.

Meilleure production audiovisuelle – Allocution de Myriam Wojcik, présidente du jury

Madame la Présidente, Isabelle Fontaine, 
Madame la Directrice générale, Myriam D’Arcy,

Et vous tous qui êtes présents ce soir, à l’occasion de la remise des tout premiers Prix Lionel-Groulx.  

Je voudrais d’abord souligner que je suis honorée qu’on m’ait demandé de présider le comité du prix pour la meilleure production audiovisuelle sur l’histoire du Québec ou de l’Amérique française.

Il y a plusieurs façons de faire rayonner l’histoire. La monographie historique en est une bien sûr, mais il en existe aussi plusieurs autres qui permettent à divers publics de s’approprier notre histoire, que ce soit sous la forme d’un film documentaire, d’un balado, d’émissions documentaires télé ou web, voire d’un site internet. Historiens, journalistes, documentaristes ou passionnés d’histoire : chacun contribue à sa façon à susciter l’intérêt des Québécois pour la discipline historique.  

Permettez-moi une anecdote plus personnelle. Je travaillais sur une série documentaire portant sur l’histoire du Québec et, un jour, j’ai reçu un message de la part d’un nouvel arrivant qui nous remerciait, toute l’équipe de l’émission, de lui avoir parlé de notre histoire. Il avait l’impression, grâce à la série, de mieux comprendre son pays d’accueil. Ce message m’avait particulièrement émue et fait réaliser à quel point les œuvres audiovisuelles peuvent toucher des gens et leur donner accès à un contenu qui leur aurait échappé autrement. L’école est aussi un lieu formidable qui permet de rejoindre un public de jeunes et de leur donner des outils pour mieux comprendre d’où on vient et qui on est.

Je suis donc ravie que la Fondation Lionel-Groulx reconnaisse le rôle important des productions audiovisuelles dans la transmission de l’histoire.

Merci à mes collègues Jacques Beauchamp, journaliste et animateur, créateur de l’émission Aujourd’hui l’histoire qu’il a animée pendant six saisons à Radio-Canada, ainsi qu’à Martin Landry, professeur d’histoire, chroniqueur dans les médias ainsi que producteur de balados historiques, d’avoir accepté de faire partie du jury avec moi. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec vous.  

Nous avons eu la chance de recevoir plusieurs candidatures de grande qualité, mais il a fallu faire un choix. Le jury a choisi de décerner le Prix Lionel-Groulx de la meilleure production audiovisuelle sur l’histoire du Québec ou de l’Amérique française 2025 à Bruno Boulianne pour son film Machine de rêve.

Le cinéaste s’est démarqué par la réalisation d’une œuvre, à la fois poétique et singulière, qui a su redonner vie à une tradition presque disparue ayant façonné l’histoire de L’Isle-aux-Grues : la fabrication ancestrale des canots à glace. Comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui, Kevin Gagné souhaite construire la machine de rêve qui lui permettra de participer à la traditionnelle course annuelle en canot à glace. Du choix de l’arbre jusqu’à la bénédiction de l’embarcation, les gestes du fils rappellent ceux de sa famille.

Par ses images somptueuses du fleuve et une trame sonore immersive, rythmée par le son du rabot qui sculpte le bois, par l’harmonica et la podorythmie, mais aussi par les silences habités de ses personnages, le film nous invite à ralentir et à écouter, à la manière des habitants de L’Isle-aux-Grues.

Les membres du jury souhaitent aussi saluer la démarche du réalisateur qui a permis la création d’un projet, devenu une aventure collective pour la communauté. Un hommage à la mémoire, à la transmission et à la beauté d’un patrimoine vivant.

Félicitations encore à Bruno Boulianne et à tous ceux qui font vivre notre histoire!

Meilleure production audiovisuelle – Allocution du lauréat

C’est avec une grande joie et beaucoup d’honneur que j’accepte le Prix Lionel-Groulx décerné à la meilleure production audiovisuelle sur l’histoire du Québec ou de l’Amérique française pour notre documentaire Machine de rêve!

Je tiens d’abord à remercier chaleureusement, et au nom de toute l’équipe du film, la Fondation Lionel-Groulx, sa présidente Isabelle Fontaine et sa directrice générale Myriam D’Arcy, les membres du jury : la présidente Myriam Wojcik, vulgarisatrice en histoire; le journaliste et animateur Jacques Beauchamp; et Martin Landry, historien, chroniqueur et producteur de contenus en histoire; et enfin Royal Photo, qui offre une carte-cadeau pour souligner notre prix.

Le cinéma, c’est un travail d’équipe, et sans les artisans et techniciens qui m’ont accompagné avec passion, rigueur et générosité tout au long de notre aventure documentaire, ce film n’aurait pu voir le jour. Je tiens donc à remercier infiniment mes fidèles collaborateurs et amis : Vincent Guignard au montage; Alex Margineanu à la direction photo; Stéphane Barsalou à la prise de son; Mélanie Gauthier à la conception sonore; Alexis Dumais à la composition musicale; Isabelle Lussier au mixage; Rosemonde Gingras aux relations de presse; et toute l’équipe des Films du 3 mars à la distribution.

Et enfin, aux protagonistes de notre Machine de rêve, qui sont au cœur du récit, dont la parole et les gestes constituent la fibre et le sang de l’histoire que je souhaitais raconter, je leur en serai reconnaissant pour toujours : Gilles Gagné, Richard Lavoie, Paul Lachance, Noël Gagné, Johanne Simard, Raymond Lachance, notre maître de chantier, et bien sûr, Kevin Gagné, canotier et porteur de projet.

J’ai rencontré Kevin Gagné pour la première fois en 2015, à L’Isle-aux-Grues, alors que je tournais le long métrage documentaire L’homme de l’Isle. Au fil de nos discussions, j’ai découvert un homme allumé, passionné de courses de canot à glace et surtout, amoureux de son coin de pays, de sa culture riche et vivante. Après avoir vu L’homme de l’Isle, Kevin a réagi avec une certaine nostalgie à propos d’une scène de réparation de chaloupe en bois : « C’est dommage, c’est un savoir-faire qui est en train de se perdre. »

Cette remarque m’est restée en tête. Quelques années plus tard, j’ai lancé à Kevin la question suivante : « Aimerais-tu apprendre à construire un canot à glace en bois? ». Sa réponse a été sans équivoque : « Bruno, ça fait dix ans que je veux faire ça! Mais si on en fabrique un, c’est pas pour l’envoyer au musée direct, c’est aussi pour faire des courses avec! ». Quand j’ai vu l’étincelle dans son regard et le frisson d’énergie qui lui a parcouru l’échine, j’ai tout de suite su qu’il y avait là un grand rêve à réaliser, et un film à faire.

L’élément dont je suis le plus fier avec Machine de rêve, c’est que Kevin a fait de ma proposition, son projet. Il se l’est complètement approprié. Et lorsqu’il a déniché le maître constructeur Raymond Lachance – ancien pêcheur d’esturgeon et aussi grand passionné du Fleuve et de navigation – Kevin lui a tellement bien vendu l’idée que c’est vite devenu leur projet à eux deux. Ils ont compris le potentiel symbolique, émotif et même culturel d’une telle entreprise. Ils ont senti que leurs gestes et leurs traditions avaient leur place dans notre histoire nationale.

Alors que le canot prenait vie dans l’atelier de Raymond, que les visites sur le chantier se multipliaient, que les aînés se remémoraient leurs faits d’armes les yeux dans l’eau, et que les plus jeunes exprimaient leur envie de partir en chasse-galerie avec cette future machine à dompter les flots, Kevin et Raymond se regardaient, l’air de se dire : « Mission accomplie! ».

La mémoire a été rallumée, les gestes ont été refaits et les savoir-faire sont maintenant transmis pour vivre encore longtemps. La preuve : près de 200 personnes ont assisté au baptême du Phénix dans la baie de Montmagny. Et comme un film qui finit bien, Raymond et Kevin ont déjà reçu quelques commandes pour fabriquer de nouvelles machines de rêve.

En terminant, si ce magnifique prix de la Fondation Lionel-Groulx me comble de bonheur, c’est aussi parce qu’un des éléments importants qui guide ma démarche de cinéaste documentariste, et ce, depuis mes débuts, c’est que les hommes et les femmes que je filme sont profondément liés à notre territoire et que leur histoire de vie fait aussi partie de notre grande histoire collective.

Merci encore à la Fondation et à vous toutes et tous!

Bruno Boulianne 
Cinéaste, enseignant en cinéma documentaire