Entretien sur le 50e anniversaire de la Bataille des gens de l’air
Au Québec et au Canada, dans les années 1970, les premières lois linguistiques commencent à peine à produire leur effet. La Loi sur les langues officielles, adoptée en 1969, déclare que le français et l’anglais sont à égalité dans l’administration fédérale, et que les employés ont donc le droit de travailler dans leur langue. C’est dans la foulée de cette loi que s’inscrit ce qu’on appellera la « bataille des gens de l’air ».
L’aviation civile est alors un monde où tout se passe en anglais, y compris au Québec. Mais de plus en plus de pilotes québécois, dont plusieurs ne parlent pas l’anglais, doivent communiquer dans cette langue avec les contrôleurs, ce qui met à risque leur sécurité. Voyant cela, le ministre fédéral des Transports autorise en 1974 l’usage du français dans les aéroports régionaux du Québec.
En décembre 1975, deux contrôleurs de Montréal échangent en français et sont suspendus sans salaire. L’Association des gens de l’air (AGAQ) déclare que ses membres continueront de s’exprimer en français. Le ministre des Transports, Otto Lang, annonce que, dorénavant, le contrôle aérien pourra se faire dans les deux langues.
Les syndicats anglophones n’entendent pas accepter cela. L’affrontement culmine en juin 1976. L’opposition de nombreux Canadiens anglais au bilinguisme ou au français, dans les médias, crée un effet rassembleur chez les francophones.
À quelques semaines des Jeux olympiques de Montréal, les syndicats anglophones déclenchent une grève et paralysent l’aviation au pays. Le gouvernement fédéral recule, mais lance une commission d’enquête qui étudiera à fond cette question qui polarise tout le pays. À la suite de son jugement favorable, les francophones se verront ouvrir les portes de l’industrie aéronautique.
À propos de l’Hon. Serge Joyal, c.p., avocat, juriste
L’Honorable Serge Joyal, c.p., avocat, juriste, a été député, ministre et sénateur au Parlement canadien pendant 33 ans. Il est président de la Fondation Lafontaine-Cormier, rattachée à la Cour d’appel, chargée de la mise en valeur du patrimoine judiciaire. Il est secrétaire de la Fondation Jean Paul Riopelle, voué à la connaissance et à la diffusion de l’œuvre de ce peintre majeur dans l’histoire de l’art, ainsi que de la Fondation Baxter et Alma Ricard, qui offre des bourses d’études supérieures aux candidat(e)s provenant des minorités francophones dans les 9 provinces canadiennes.
Serge Joyal est également président du Comité d’acquisition d’art décoratif du Musée des beaux-arts de Montréal. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et essais reliés au droit constitutionnel et à l’histoire. Il est reconnu pour son engagement public de longue date à la défense du patrimoine bâti. Il est un important collectionneur d’œuvres d’art et un mécène de plusieurs musées au pays.
Il a participé au débat linguistique depuis les années 1970 et comparaît encore aujourd’hui dans des poursuites judiciaires mettant en valeur le statut d’égalité du français.
À propos de Jean-Charles Panneton, historien
Historien et politologue, Jean-Charles Panneton est un auteur prolifique qui fait rayonner des figures majeures de la mouvance progressiste ayant marqué l’histoire politique et sociale du Québec : il a mis en lumière des personnalités issues d’horizons divers telles que Georges‑Émile Lapalme, Pierre Laporte, René Lévesque, Claude Charron, Marie‑Marcelle Godbout et Elsa Gidlow. Chroniqueur régulier sur la chaîne ICI Radio-Canada Première, il partage son expertise et sa passion avec un vaste auditoire.