Sur les pas de Maisonneuve
En cet été 2026, de nombreux vacanciers visitent Montréal, où ils flânent dans les rues du Vieux-Port ou au musée Pointe-à-Callière. Sans le savoir, plusieurs d’entre eux marchent dans les pas de l’un des fondateurs de la métropole : Paul de Chomedey de Maisonneuve. À l’occasion du 350e anniversaire de son décès, le moment est opportun de rappeler son souvenir.
Mission : fonder Ville-Marie
Paul de Chomedey de Maisonneuve est né le 12 février 1612 à Neuville-sur-Vanne, dans la province de Champagne, en France. Aîné d’une famille seigneuriale comptant quatre enfants, il s’engage d’abord dans une carrière militaire. Bien que les sources sur son enfance soient rares, il semble que la lecture des Relations des Jésuites – soit les péripéties des missionnaires en Nouvelle-France publiées à partir de 1633 – le marque profondément, en éveillant chez lui un vif intérêt pour ces missions.
En 1639, à Paris, pendant que les Ursulines et les Augustines arrivent à Québec, Jérôme Le Royer de La Dauversière et l’abbé Jean-Jacques Olier mettent sur pied la Société de Notre-Dame de Montréal. Ils rêvent d’établir une colonie missionnaire, destinée à la conversion des Autochtones, en Amérique. Maisonneuve est choisi pour diriger cette ambitieuse entreprise. L’année suivante, la Société acquiert l’île de Montréal afin de concrétiser son projet.
En 1641, les navires quittent enfin La Rochelle. À leur bord se trouvent Maisonneuve, âgé de 29 ans, Jeanne Mance, venue fonder un hôpital, ainsi que les premiers colons. Ils accostent à Québec où, l’hiver approchant, les Français décident de passer les prochains mois. Le 17 mai 1642, Maisonneuve, mademoiselle Mance et une quarantaine de colons prennent enfin possession de l’île de Montréal, sur le site aujourd’hui connu sous le nom de Pointe-à-Callière. Ville-Marie est fondée.
Maisonneuve entreprend aussitôt la construction de fortifications et de divers édifices. À la fin de l’année, le fleuve Saint-Laurent déborde. Il aurait alors fait une promesse : si les eaux se retirent sans causer de dommages, il gravira le mont Royal et y plantera une croix. L’inondation épargnant la colonie, il tient parole.
Rapidement, les Iroquois perçoivent l’installation française comme une menace à leurs terres de chasse et manifestent leur mécontentement.
De difficiles premières années
En 1645, à la mort de son père, Maisonneuve passe près de deux ans en France. Pressenti pour gouverner la Nouvelle-France, il contribue plutôt à la nomination de Louis d’Ailleboust à ce poste. Il obtient également le soutien de bienfaiteurs afin d’assurer la survie de Ville-Marie.
De retour en 1647, selon les souhaits de la Société de Notre-Dame, il œuvre à la distribution des terres. Le 4 janvier 1648, Pierre Gadoys obtient une concession, faisant de lui le premier à se voir accorder une terre. Or, dès 1649, la colonie fait face à des difficultés croissantes : raréfaction des soutiens financiers et intensification des attaques iroquoises.
En 1651, Maisonneuve repart en France, avec l’appui financier de Jeanne Mance, afin de recruter des soldats et d’obtenir des soutiens. Grâce à l’aide de La Dauversière et des Associés de Montréal, il revient en 1653 avec la Grande Recrue, c’est-à-dire une centaine de personnes, dont Marguerite Bourgeoys.
En novembre 1659, nouveau coup dur. La Dauversière étant mort, la Société de Notre-Dame est contrainte d’abandonner la seigneurie de Montréal.
Les Sulpiciens deviennent propriétaires de l’île
Après plusieurs années d’incertitude, le 9 mars 1663, la Société, réunie à Paris en présence de Jeanne Mance et avec l’appui de Maisonneuve, cède la seigneurie au Séminaire de Saint-Sulpice. Cette même année, la Nouvelle-France passe sous l’autorité directe de Louis XIV et devient une colonie royale.
À Ville-Marie, la situation demeure tendue en raison de la recrudescence des attaques iroquoises. Maisonneuve met sur pied une milice. En 1665, il reçoit l’appui du marquis de Tracy, nommé lieutenant général de la Nouvelle-France, qui s’installe avec quatre compagnies de soldats. Toutefois, Tracy lui transmet également un ordre : Maisonneuve doit retourner en France pour un congé d’une durée indéterminée.
En réalité, Maisonneuve quitte définitivement Montréal. Il s’établit à Paris, où il mène une vie retirée jusqu’à sa mort, survenue le 9 septembre 1676. Cofondateur, avec Jeanne Mance, de la métropole québécoise, Maisonneuve en a assuré la survie et l’a défendue avec ténacité pendant une vingtaine d’années.
Plus de trois siècles après son décès, son héritage ne se limite pas aux livres d’histoire : il se prolonge dans les lieux qui portent sa mémoire, notamment dans le secteur de Pointe-à-Callière où la présence du fleuve se fait indéniablement sentir et rappelle, comme nulle part ailleurs, que c’est par cette voie qu’autrefois une poignée de gens sont arrivés pour jeter les fondations d’un rêve.