Pax Plante et la guerre au crime à Montréal

15 août 2026

Il y a 50 ans, le 9 août 1976, disparaissait au Mexique celui qui est entré dans la légende montréalaise accompagné du qualificatif de « l’Incorruptible » : Pacifique Plante.

Le sergent Coursol (à gauche) et Pacifique Plante (à droite) lors d’une saisie de machines à sous illégales en 1947. Source : Fonds La Presse, BAnQ.

À la tête de l’escouade de la moralité

Né en 1907 à Montréal, Pacifique Plante y avait débuté sa carrière d’avocat à la Cour municipale de 1939 à 1945. Il découvre l’ampleur de la corruption qui gangrène alors les services municipaux. À cette époque, Montréal jouit d’une réputation de métropole du divertissement et des plaisirs nocturnes. Clubs, salles de danse, restaurants, théâtres et cinémas attirent une foule nombreuse jusque tard dans la nuit. Mais derrière cette effervescence prospèrent aussi les maisons de jeu illégales, les débits de boisson clandestins et un vaste réseau de prostitution concentré dans le quartier du Red Light. Aux yeux de certains, cela fait de Montréal une « ville ouverte » au « vice commercialisé ».

Le service de police est pour sa part largement perçu comme complaisant envers le milieu criminel. Certains policiers entretiennent des liens avec le monde interlope, favorisés par de faibles salaires et par leur proximité avec les quartiers où ils travaillent.

En 1945, une Ligue de vigilance sociale réclame la tenue d’une enquête publique sur la corruption au sein du service de police de Montréal.

L’année suivante, l’assassinat du « roi du jeu » Harry Davis accentue les inquiétudes entourant le crime organisé. C’est dans ce contexte que Pacifique Plante est nommé chef de l’escouade de la moralité et directeur adjoint de la police.

Surnommé Pax Plante, il devient la coqueluche des médias grâce à des descentes hautes en couleur dans les établissements clandestins. Il ne craint pas de dévoiler publiquement les visages et les noms de ceux qu’il associe au crime.

Ses méthodes dérangent toutefois plusieurs personnes influentes, dont le maire de Montréal Camillien Houde. Après 18 mois en poste, il est suspendu en mars 1948, puis congédié avec fracas en mai suivant.

Mais Plante ne baisse pas les bras pour autant. Il se tourne vers Le Devoir, où il publie, de novembre 1949 à février 1950, une série d’articles retentissants décrivant les réseaux de bookmakers, de souteneurs et de bootleggers. Ses révélations démontrent que ces activités criminelles ne pouvaient se maintenir sans la complicité, ou à tout le moins la tolérance, des autorités policières et municipales. Ses articles sont immédiatement rassemblés dans un livre intitulé Montréal sous le règne de la pègre.

25 octobre 1954. De gauche à droite : Pierre Des Marais, président du Comité exécutif; Jean Drapeau, maire de Montréal nouvellement élu; et Pacifique Plante, chef de l’escouade de la moralité. Source : Archives de la Ville de Montréal.

Une enquête est ouverte

Dans la foulée des révélations de Plante, le Comité de moralité publique des citoyens de Montréal est fondé en mars 1950 et réclame aussitôt un grand nettoyage. Un jeune avocat, Jean Drapeau, entre en scène et réclame la tenue d’une enquête publique.

Une commission d’enquête est ainsi mise sur pied tandis que Pacifique Plante et Jean Drapeau, nommés procureurs, dirigent l’enquête. Les audiences font courir les foules et révèlent l’ampleur du système de corruption qui affecte la métropole.

La commission Caron dépose son rapport en 1954. Une vingtaine d’officiers de police sont blâmés, alors que d’autres sont condamnés à des amendes ou déclarés inaptes à occuper une fonction municipale.

Jean Drapeau profite du momentum et se présente comme candidat aux élections municipales de l’automne 1954. Élu maire de Montréal, il rappelle aussitôt Pacifique Plante à la tête de l’escouade de la moralité.

Pendant trois ans, Plante est également directeur adjoint de la police municipale. Durant cette période, il s’attaque enfin aux maisons de jeu clandestines, bordels et débits de boisson illégaux. L’Incorruptible s’en prend même à certains membres du conseil exécutif de la Ville de Montréal.

Congédié puis exilé

On ne marche pas sur les pieds de tous ces gens impunément et c’est sans surprise qu’en 1955, des coups de feu sont tirés en direction de Plante. S’il s’en tire sain et sauf, ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’on obtienne sa tête. Lorsque Jean Drapeau est défait à l’élection municipale de 1957, Plante est à nouveau congédié. Cette fois, les menaces sont trop sérieuses : craignant pour sa vie, il s’exile au Mexique, et ne reviendra plus qu’occasionnellement au Québec. Même si le crime organisé n’est pas complètement éradiqué, les campagnes menées par Plante et Drapeau transforment durablement le visage du Red Light.

Célèbre en son temps pour ses actions contre le crime organisé et la corruption, Pacifique Plante a aussi marqué l’imaginaire populaire québécois. Son combat a inspiré plusieurs œuvres de fiction, notamment le téléroman Montréal P.Q. de Victor-Lévy Beaulieu (1992-1994). Preuve que, au-delà des enquêtes, des scandales et des descentes policières, l’héritage de Pax Plante demeure associé à l’une des périodes les plus troubles – et en même temps fascinantes – de l’histoire montréalaise.