Montréal transportée par sa reine des Jeux

18 juillet 2026

« Vrille, salto carpé, sortie réussie » : une note parfaite pour Nadia Comăneci. Cinquante ans plus tard, les Québécois et Québécoises qui ont vu la jeune gymnaste roumaine s’exécuter au Forum de Montréal en 1976 sont loin d’avoir oublié ses exploits.

Stéphane Préfontaine et Sandra Henderson allument la vasque. Source : Musée de la civilisation, Fonds Michel Dallaire.

Le rêve de Jean Drapeau

Pendant deux semaines à partir du 17 juillet 1976, le maire de Montréal, Jean Drapeau, reçoit le monde lors des Jeux de la XXIe Olympiade de l’ère moderne. Montréal est alors la première ville québécoise et canadienne à accueillir les Jeux olympiques.

Pour cela, la ville a entrepris un chantier colossal quelques années plus tôt. Parmi les principales installations construites spécialement pour l’occasion, on retrouve le Bassin olympique de l’Île Notre-Dame, la Piscine, le Vélodrome (aujourd’hui le Biodôme), le Village, le Stade, le Centre Pierre-Charbonneau ainsi que le Complexe sportif Claude-Robillard, incluant le Centre Étienne-Desmarteau.

L’emblème des Jeux, le Stade olympique, conçu par l’architecte français Roger Taillibert, n’est pas entièrement terminé au moment de l’ouverture. Sa tour inclinée, haute de 168,4 mètres, n’atteint en effet que la moitié de sa hauteur prévue.

Aux retards, à l’inflation ayant fait grimper les coûts, aux grèves et aux actes de vandalisme s’ajoutent, à quelques heures de l’ouverture des Jeux, de nouvelles difficultés. Une vingtaine de pays africains, ainsi que six autres du Moyen-Orient, opposés à la participation de la Nouvelle-Zélande, choisissent de boycotter l’événement et de rapatrier leurs athlètes. Ils dénoncent la récente tournée de l’équipe de rugby néo-zélandaise en Afrique du Sud, alors exclue du mouvement olympique en raison de sa politique d’apartheid.

Malgré tout, la magie opère. C’est dans un Stade inachevé que le Montréalais Stéphane Préfontaine et la Torontoise Sandra Henderson font leur entrée le 17 juillet. Ces athlètes portent le flambeau, conçu par le designer Michel Dallaire, puis allument la vasque. Les jeux de Montréal sont officiellement ouverts.

Des milliers de personnes assistent aux compétitions, que ce soit à l’Aréna Maurice-Richard, à l’Aréna Paul-Sauvé, au stade d’hiver de l’Université de Montréal ou encore en plein cœur de la ville. Les épreuves de cyclisme sur route au mont Royal ainsi que le marathon attirent ainsi de nombreux spectateurs. D’autres suivent les événements à la télévision, grâce à la couverture assurée par Radio-Canada, suspendus aux commentaires de René Lecavalier et de Richard Garneau.

Jean Drapeau devant la maquette du Stade olympique en 1973. Source : Archives de la Ville de Montréal.

Une gymnaste atteint la perfection

Parmi les moments mémorables de ces Jeux olympiques figure la performance de la gymnaste roumaine Nadia Comăneci, qui s’impose comme la révélation. Âgée d’à peine 14 ans, elle devient la première gymnaste de l’histoire à obtenir la note parfaite de 10 aux Jeux olympiques, dès le début de la compétition. Elle réalise cet exploit à sept reprises, suscitant l’admiration du public québécois. 

Raymond Lebrun et Nicole Macduff, qui couvrent la compétition, se montrent tout aussi enthousiastes que la foule. Après sa première présence, un moment de flottement survient lors de l’affichage de la note – qui s’éternise – avant qu’un 1.00 parfait (pour 10) n’apparaisse enfin.

Dotée d’une personnalité attachante, la petite Nadia offre des prestations d’une grande solidité. Dans les gradins comme sur les plateaux de télévision, l’émotion est palpable. Ovations, cris, tonnerre d’applaudissements marquent chacune des épreuves où elle apparaît au Forum. Comăneci remporte cinq médailles : trois d’or, une d’argent et une de bronze. Surnommée la « reine des Jeux », elle inspirera toute une génération.

La gymnaste Nadia Comăneci aux Jeux Olympiques de Montréal. Photo : Comité olympique roumain, domaine public.

Une multitude de moments inoubliables

Elle n’est pas la seule à se surpasser. D’autres athlètes font vibrer Montréal. C’est le cas du Soviétique Nikolai Andrianov qui remporte sept médailles, dont quatre d’or, en gymnastique masculine, de l’Américain Bruce (aujourd’hui Caitlyn) Jenner qui s’impose au décathlon, de même que la gymnaste soviétique Olga Korbut, l’haltérophile soviétique Vasili Alexeev, et le Cubain Alberto Juantorena, qui remporte l’or sur 400 m et 800 m, un doublé inédit. Le Québécois Michel Vaillancourt se distingue lui aussi avec son cheval Branch County, devenant le premier cavalier canadien à remporter une médaille lors d’une épreuve individuelle de saut d’obstacles.

Au total, 92 nations participent aux Jeux, qui prennent fin le 1er août. Ils auront rassemblé 6084 athlètes, dont 1260 femmes.

Un legs pérenne

Même si le Canada ne remporte aucune médaille d’or et que la ville hérite d’un important déficit financier, les Jeux olympiques de 1976 ont eu un impact durable sur le développement du sport amateur et professionnel au Québec grâce aux installations sportives qui permettront d’accueillir d’autres compétitions d’envergure. Ils ont aussi laissé un héritage architectural pérenne, avec des équipements qui ont transformé le paysage urbain, dont le Stade, devenu un symbole de Montréal sur la scène internationale.

Cinquante ans plus tard, dans les stades, les piscines et les gymnases du Québec, l’héritage des Jeux de 1976 continue de vivre un peu à travers chaque performance et chaque rêve d’excellence.