Marcel Pepin, au service du monde ordinaire

28 février 2026

Il y a cent ans cette année, un homme dont les combats ont dépassé le cadre syndical pour laisser une empreinte durable sur la société québécoise voyait le jour : Marcel Pepin.

Marcel Pepin (au centre) est de toutes les grandes négociations et grèves. Photo : Antoine Desilets, gracieuseté de Luc Desilets.

À l’école du père Lévesque

Né à Montréal le 28 février 1926, Marcel Pepin grandit au sein d’une famille catholique modeste et nombreuse. Il est le seul membre de sa famille à accéder aux études supérieures. Diplômé en relations industrielles de l’École des sciences sociales de l’Université Laval, fondée par le père Georges-Henri Lévesque, ses études le marqueront profondément. Il sait déjà que le syndicalisme l’intéresse, convaincu qu’il peut ainsi redonner à la classe sociale dont il est issu.

La défense des démunis comme moteur d’action

Pepin s’engage auprès de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, qui deviendra la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en 1960. Il y gravit rapidement les échelons. Négociateur pour la Fédération nationale de la métallurgie de 1949 à 1961, il accède ensuite au comité exécutif de la CSN, d’abord comme secrétaire général, puis comme président de 1965 à 1976.

Au début des années 1960, Marcel Pepin joue un rôle de premier plan dans la syndicalisation de la fonction publique québécoise et dans les premières négociations collectives du secteur public.

Homme de convictions sociales, il a cherché à « défendre les plus démunis, les plus mal pris, les plus petits, les régions les plus pauvres ». Il réussit par exemple à obtenir pour ses syndiqués quatre semaines de vacances après un an de service, y compris pour les femmes de ménage habituellement oubliées dans les négociations.

Pepin laisse une empreinte durable à la tête de la CSN par la publication de rapports moraux percutants, qui orientent l’action et la philosophie de la centrale. Parmi les plus influents figurent Une société bâtie pour l’homme (1966) et Le Deuxième front (1968).

Le Deuxième front dénonce les injustices sociales engendrées par le système économique. Il propose de dépasser le cadre traditionnel de la négociation des conventions collectives afin d’élargir l’action à l’ensemble des réalités qui façonnent la vie des gens (logement, alimentation, etc.). Cette orientation invite les syndicats à défendre les intérêts des salariés en tant que citoyens, et non plus uniquement comme employés. Pour Pepin, « c’est la population laborieuse elle-même qui doit s’imposer dans l’histoire et bâtir la société qu’elle veut ».

Le front commun de 1972

Ce redoutable négociateur est présent en première ligne des grèves de l’époque : dans les hôpitaux, à La Presse, à la Dominion Textile, dans la construction, les transports en commun ou à la Régie des alcools du Québec. Marcel Pepin est l’un des artisans du premier front commun intersyndical du secteur public, formé en 1972, et regroupant plus de 200 000 employés. Cette alliance historique réunit les trois grandes centrales syndicales québécoises : la CSN, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et la Centrale de l’enseignement
du Québec.

Cette mobilisation sans précédent, rassemblée sous le slogan « Nous, le monde ordinaire », demeure l’un des moments marquants de l’histoire du Québec. Elle conduit à un affrontement avec le gouvernement. Refusant de se soumettre à une injonction limitant le droit de grève, Marcel Pepin est emprisonné pour outrage au tribunal, aux côtés des présidents des deux autres centrales, Louis Laberge et Yvon Charbonneau. Malgré tout, il s’agit d’une victoire avec, notamment, l’obtention de l’indexation des salaires, juste avant que l’inflation ne vienne frapper durement le Québec.

En 1973, Pepin accède à la présidence de la Confédération mondiale du travail, devenant ainsi le premier Québécois à prendre la tête d’une organisation syndicale internationale. S’il quitte la direction de la CSN en 1976 après un engagement de plus de trois décennies, il demeure néanmoins présent sur la scène publique, poursuivant son implication en faveur des travailleurs et des travailleuses. L’essayiste Pierre Vadeboncœur, avec qui il a travaillé en étroite collaboration, dira de lui : « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi entièrement donné à sa fonction, d’aussi présent à ses responsabilités syndicales que lui ».

Décédé à Montréal le 6 mars 2000, Marcel Pepin laisse un héritage toujours vivant. Ses idées sur la justice sociale, l’équité, les droits sociaux et la dignité humaine continuent d’éclairer les enjeux contemporains et de nourrir l’action syndicale.