Jean Talon : le temps des réformes
Il y a 400 ans, le 8 janvier 1626, naissait Jean Talon. Originaire de la Champagne, il sera le second intendant de la Nouvelle-France, mais le premier à se rendre personnellement dans la colonie, où il mènera, entre 1665 et 1672, un important programme de réforme et de restructuration.
La province royale de la Nouvelle-France
En mars 1663, Louis XIV érige la Nouvelle-France en province royale. Un mois plus tôt, il en avait retiré l’administration à la Compagnie des Cent-Associés, qui est alors dissoute. La colonie est faiblement peuplée, économiquement pauvre et vit sous la menace constante des Iroquois.
C’est à cette époque qu’arrivent en Nouvelle-France les Filles du roi et les soldats du régiment de Carignan-Salières. C’est dans ce même contexte précaire que le roi charge Jean Talon de l’intendance de la Nouvelle-France. Le 23 mars 1665, il succède à Louis Robert, qui occupe la fonction en nom seulement depuis deux ans. Né à Châlons-en-Champagne, Jean Talon est issu d’une famille de magistrats. Après ses études au Collège de Clermont, à Paris, on le retrouve en 1653 au sein de l’administration militaire en Flandres. Durant douze ans, il occupe diverses fonctions, dont celle d’intendant du comté de Hainaut.
Cinq ans en Nouvelle-France
C’est donc en administrateur chevronné que Talon débarque à Québec, le 12 septembre 1665, en compagnie du nouveau gouverneur de la colonie, Daniel Rémy de Courcelles. Dès son arrivée, Jean Talon se met au travail. Responsable de l’administration civile et judiciaire, il doit réformer la colonie et, surtout, la rendre autosuffisante et profitable pour la France.
Dès le printemps 1666, Jean Talon fait réaliser un premier recensement de la population de la Nouvelle-France. Celle-ci ne compte alors qu’un peu plus de 3000 habitants, majoritairement des hommes.
Constatant que les Filles du roi, souvent originaires des villes, sont généralement peu préparées aux réalités de la vie coloniale, il demande que plus de jeunes femmes soient recrutées dans les campagnes françaises.
Il invite aussi les soldats du régiment de Carignan-Salières à s’établir dans la vallée du Saint-Laurent après leur démobilisation, un traité de paix avec les Iroquois ayant été signé en 1667. De meilleures pratiques pour ce qui est du défrichement et de la répartition des terres agricoles sont mises en place sous sa supervision, assurant ainsi une meilleure répartition des colons.
Jean Talon entreprend aussi une restructuration de l’économie, qu’il juge trop centrée sur la traite des fourrures. L’artisanat, l’élevage et surtout l’agriculture gagnent subséquemment en importance, tout comme la pêche commerciale et l’exploitation forestière. Talon fait même bâtir une brasserie à Québec, la première en Amérique du Nord! L’intendant réforme enfin de fond en comble la justice coloniale.
Lorsqu’il quitte pour la France, en novembre 1668, Jean Talon laisse une colonie plus forte. Sitôt revenu, Colbert, le principal ministre du roi, plus que satisfait de ses efforts, le renvoie en Nouvelle-France. C’est ainsi qu’il débarque de nouveau à Québec le 18 août 1670. Ce second mandat est marqué par la poursuite de ses ambitions économiques.
Il s’intéresse notamment à l’exploitation minière, qu’il tente tant bien que mal de stimuler. Il organise et soutient aussi plusieurs expéditions vers l’intérieur du continent américain, dont celle de Robert Cavelier de La Salle, dans la vallée de l’Ohio, et celle de Louis Joliet et du père Marquette, aux sources du Mississippi. La Nouvelle-France couvrira alors les trois-quarts de l’Amérique du Nord.
L’héritage de Jean Talon
Il n’aura fallu à Jean Talon que cinq ans pour redresser la situation de la Nouvelle-France, qu’il trouve moribonde à son arrivée en 1665. Au terme de son second mandat, en 1672, la colonie compte environ 7600 habitants. Son économie est plus forte, même si certaines réformes ne perdureront pas. Les structures administratives et juridiques qu’il met en place resteront toutefois jusqu’à la fin du Régime français. Son travail terminé, l’intendant, fatigué et malade, retourne en France. Durant les années suivant son retour dans la métropole, Jean Talon demeure dans l’entourage du Roi Soleil, bénéficiant des largesses royales. À la fin de sa vie, Jean Talon est un personnage de rang considérable. Premier valet de la garde-robe du roi et secrétaire de son cabinet jusqu’en 1692, il vend ses charges à cette époque et se retire dans sa résidence parisienne, où il meurt en novembre 1694.