@phdthesis{bibcite_9054, author = {Jean-Philippe Bernard}, title = {{\guillemotleft}~Emparons-nous du sol~!~{\guillemotright} Ch{\^o}mage, retour {\`a} la terre et colonialisme durant la Grande d{\'e}pression au Qu{\'e}bec}, abstract = {

Cette th{\`e}se porte sur les programmes de retour {\`a} la terre adopt{\'e}s par les gouvernements pour assister les ch{\^o}meurs durant la Grande d{\'e}pression des ann{\'e}es trente.

En privil{\'e}giant une approche {\`a} la fois descendante (top down) et ascendante (bottom up), elle offre trois contributions historiographiques principales. Dans un premier temps, elle remet en question l{\textquoteright}id{\'e}e d{\textquoteright}{\'e}chec g{\'e}n{\'e}ralement attribu{\'e}e {\`a} ces politiques en concentrant plut{\^o}t son analyse sur les transformations qu{\textquoteright}elles ont engendr{\'e}es dans l{\textquoteright}am{\'e}nagement du territoire qu{\'e}b{\'e}cois. Elle explore, successivement, les instances f{\'e}d{\'e}rales engag{\'e}es dans le retour {\`a} la terre et la lutte contre le ch{\^o}mage, la modernisation de l{\textquoteright}{\'E}tat qu{\'e}b{\'e}cois permettant {\`a} son administration publique d{\textquoteright}{\'e}tendre son influence sur le territoire et aupr{\`e}s des populations, de m{\^e}me que le processus de d{\'e}confessionnalisation de l{\textquoteright}appareil colonisateur qui l{\textquoteright}accompagne. En guise de seconde contribution, cette th{\`e}se adopte une approche sociale pour documenter l{\textquoteright}histoire de ces programmes. En prenant en compte l{\textquoteright}exp{\'e}rience des ch{\^o}meurs, des femmes et des familles, elle propose une analyse qui d{\'e}passe les objectifs initialement vis{\'e}s par ces programmes afin d{\textquoteright}observer leurs retomb{\'e}es concr{\`e}tes {\`a} l{\textquoteright}{\'e}chelle des territoires et des communaut{\'e}s. Enfin, la mise en {\oe}uvre du retour {\`a} la terre est abord{\'e}e {\`a} travers la lunette du colonialisme de peuplement et des cons{\'e}quences de cette politique d{\textquoteright}appropriation des terres et des ressources naturelles sur les Premi{\`e}res Nations de la province

C{\textquoteright}est le concept de citoyennet{\'e} sociale qui sert de fil conducteur {\`a} cette th{\`e}se. Introduit par T.\ H. Marshall, ce concept sugg{\`e}re que l{\textquoteright}extension de l{\textquoteright}{\'E}tat social au XXe si{\`e}cle a contribu{\'e} {\`a} transformer la relation des citoyen.ne.s {\`a} l{\textquoteright}{\'E}tat en l{\textquoteright}articulant autour d{\textquoteright}une nouvelle logique de droits et de devoirs. Cette th{\`e}se aborde le retour {\`a} la terre comme une politique sociale et montre qu{\textquoteright}en assistant financi{\`e}rement les ch{\^o}meurs choisissant de s{\textquoteright}{\'e}tablir sur des lots de colonisation, cette mesure a contribu{\'e} {\`a} alimenter un nouveau discours de droit {\`a} l{\textquoteright}assistance chez les citoyen.ne.s de ces territoires. La construction de ces discours est n{\'e}anmoins contrebalanc{\'e}e par le maintien d{\textquoteright}une vision lib{\'e}rale et charitable de l{\textquoteright}assistance, attribuable en partie au r{\^o}le que continue de jouer l{\textquoteright}{\'E}glise catholique dans l{\textquoteright}administration de ces politiques sociales et qui participe {\`a} en restreindre l{\textquoteright}extension. Dans cette lign{\'e}e, cette th{\`e}se adopte une perspective critique {\`a} l{\textquoteright}{\'e}gard de la citoyennet{\'e} sociale en nuan{\c c}ant, voire en rejetant, l{\textquoteright}id{\'e}e d{\textquoteright}universalit{\'e} qu{\textquoteright}on lui attribue et en insistant sur les in{\'e}galit{\'e}s qui la traversent.

Par le recours aux th{\'e}ories critiques du d{\'e}veloppement et de l{\textquoteright}am{\'e}nagement du territoire et des ressources, {\`a} l{\textquoteright}histoire des femmes et de la formation de l{\textquoteright}{\'E}tat social, aux travaux de James C. Scott sur les pratiques infrapolitiques et la r{\'e}sistance des populations subalternes, de m{\^e}me qu{\textquoteright}aux r{\'e}flexions de Ian McKay entourant l{\textquoteright}h{\'e}g{\'e}monie et l{\textquoteright}ordre lib{\'e}ral et l{\textquoteright}historiographie du colonialisme canadien, cette th{\`e}se offre une relecture du retour {\`a} la terre des ann{\'e}es trente. Elle mobilise une diversit{\'e} de sources qui permettent de d{\'e}crire le quotidien des femmes et des familles, {\'e}tudier la m{\'e}canique de l{\textquoteright}administration publique et les transformations que connaissent les {\'E}tats canadien et qu{\'e}b{\'e}cois, de comprendre les conflits entre colons, marchands ou religieux {\`a} l{\textquoteright}{\'e}chelle des colonies tout en offrant des exemples des formes pr{\'e}cises d{\textquoteright}appropriation des terres autochtones et des conflits autour des usages des ressources naturelles. Par ces contributions, elle se veut un outil pour r{\'e}fl{\'e}chir {\`a} l{\textquoteright}histoire des politiques d{\textquoteright}am{\'e}nagement du territoire et des ressources au Canada et sur l{\textquoteright}importance d{\textquoteright}une prise en compte de la nature, des communaut{\'e}s locales et des Premi{\`e}res Nations dans leur {\'e}laboration.

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