@phdthesis{bibcite_896, author = {Joanne Chagnon}, title = {L{\textquoteright}atelier des {\'E}cores (1792-1830)~: une entreprise artisanale}, abstract = {
Notre projet de recherche concerne deux disciplines\ : l{\textquoteright}histoire et l{\textquoteright}histoire de l{\textquoteright}art. Le sujet provient des arts anciens du Qu{\'e}bec et porte sur un groupe de ma{\^\i}tres sculpteurs. L{\textquoteright}organisation mise en place par ceux-ci et la question de l{\textquoteright}artisanat constituent le c{\oe}ur de notre d{\'e}marche, la probl{\'e}matique d{\'e}coule donc de l{\textquoteright}histoire sociale et {\'e}conomique, plus sp{\'e}cifiquement de l{\textquoteright}histoire du travail au Bas-Canada.
L{\textquoteright}atelier des {\'E}cores occupe une place unique en histoire de l{\textquoteright}art ancien du Qu{\'e}bec, par le nombre de personnes impliqu{\'e}es et par l{\textquoteright}ampleur de la production r{\'e}alis{\'e}e. Au tournant du XIXe si{\`e}cle, quatre ma{\^\i}tres sculpteurs (Louis Qu{\'e}villon, Joseph P{\'e}pin, Ren{\'e} Beauvais dit Saint-James et Paul Rollin) {\'e}tablis {\`a} Saint-Vincent- de-Paul de l{\textquoteright}{\^\i}le J{\'e}sus, ont form{\'e} au moins 53 apprentis en plus d{\textquoteright}employer plusieurs compagnons sculpteurs et des menuisiers. Preuve de leur dynamisme, les ma{\^\i}tres ont travaill{\'e} dans 61 paroisses {\textendash} 49 de la r{\'e}gion de Montr{\'e}al, douze dans celle de Qu{\'e}bec {\textendash} ainsi que pour trois communaut{\'e}s religieuses. Souvent les commandes sont importantes puisque dans bien des cas ils r{\'e}alisent le mobilier liturgique et le d{\'e}cor int{\'e}rieur de l{\textquoteright}{\'e}glise. Fait marquant, en 1815, les initiateurs de l{\textquoteright}atelier, Louis Qu{\'e}villon et Joseph P{\'e}pin, s{\textquoteright}associent avec deux de leurs anciens apprentis. De fait, l{\textquoteright}atelier des {\'E}cores a d{\'e}tenu le monopole de la d{\'e}coration des {\'e}glises de la r{\'e}gion montr{\'e}alaise durant les trente premi{\`e}res ann{\'e}es du XIXe si{\`e}cle.
Les ma{\^\i}tres sculpteurs ont exploit{\'e} au maximum les possibilit{\'e}s offertes par l{\textquoteright}artisanat et d{\'e}velopp{\'e} un fonctionnement efficace qui leur a permis d{\textquoteright}avoir une main-d{\textquoteright}{\oe}uvre nombreuse et un niveau de production {\'e}lev{\'e}. Tout indique qu{\textquoteright}ils ont mis sur pied une forme d{\textquoteright}organisation dont la structure de base s{\textquoteright}apparente {\`a} celle qui d{\'e}finit une entreprise: gestion d{\textquoteright}une production, d{\textquoteright}une main-d{\textquoteright}{\oe}uvre, capacit{\'e} {\`a} se b{\^a}tir une client{\`e}le et {\`a} financer ses projets. Notre th{\`e}se poursuit donc deux objectifs principaux: reconstituer l{\textquoteright}historique de l{\textquoteright}atelier des {\'E}cores d{\textquoteright}une part, pour ensuite analyser son fonctionnement afin de d{\'e}montrer, d{\textquoteright}autre part, comment l{\textquoteright}organisation mise en place par les ma{\^\i}tres poss{\`e}de les caract{\'e}ristiques fondamentales d{\textquoteright}une entreprise.
Notre {\'e}tude repose sur une recherche documentaire provenant principalement de 80 greffes de notaires r{\'e}partis dans les r{\'e}gions administratives de Montr{\'e}al, de Trois-Rivi{\`e}res, de Qu{\'e}bec et du Bas-Saint-Laurent. Afin d{\textquoteright}avoir le maximum d{\textquoteright}informations possibles, nous avons aussi consult{\'e} les dossiers de paroisses de l{\textquoteright}Inventaire des {\oe}uvres d{\textquoteright}art du Qu{\'e}bec qui renferment des transcriptions des livres de comptes et de d{\'e}lib{\'e}rations, d{\textquoteright}o{\`u} l{\textquoteright}int{\'e}r{\^e}t de ce fonds. Les {\'e}l{\'e}ments recueillis ont {\'e}t{\'e} vers{\'e}s dans une base de donn{\'e}es afin de ne pas laisser {\'e}chapper d{\textquoteright}informations importantes et de pouvoir les mettre en relation.
Depuis pr{\`e}s d{\textquoteright}un si{\`e}cle, les sculpteurs de l{\textquoteright}atelier des {\'E}cores ont retenu l{\textquoteright}attention des historiens de l{\textquoteright}art qui ont avanc{\'e} plusieurs hypoth{\`e}ses concernant leur fonctionnement. Des donn{\'e}es pr{\'e}sent{\'e}es un peu p{\^e}le-m{\^e}le circulent, ce qui g{\^e}ne la compr{\'e}hension de leur activit{\'e}. La reconstitution historique s{\textquoteright}imposait donc. Elle rend compte de la croissance et du d{\'e}clin de l{\textquoteright}atelier. Ainsi, on observe qu{\textquoteright}{\`a} partir de 1806, quand les sculpteurs ma{\^\i}trisent la finition de leurs {\oe}uvres, plus rien ne freine leur progression. D{\`e}s lors, on note une augmentation de la main-d{\textquoteright}{\oe}uvre et une forte croissance de la production. L{\textquoteright}acte d{\textquoteright}association des ma{\^\i}tres en 1815 constitue le point culminant de leur activit{\'e}. En fait, si nous transposions sur un graphique la courbe de croissance de l{\textquoteright}atelier, nous aurions les ann{\'e}es 1792-1815 repr{\'e}sent{\'e}es par une courbe ascendante, les ann{\'e}es 1815-1820 constituant le plateau et la p{\'e}riode 1820-1830 figur{\'e}e par une courbe descendante.
Les ma{\^\i}tres contr{\^o}laient les diverses {\'e}tapes de la production, tant en atelier que durant les campagnes de sculpture. M{\^e}me avec un carnet de commandes bien rempli, ils r{\'e}pondent aux exigences des clients dans les d{\'e}lais impartis et m{\`e}nent plusieurs chantiers de front. Le caract{\`e}re r{\'e}p{\'e}titif d{\textquoteright}une partie de la production leur permet d{\textquoteright}{\'e}tablir des mod{\`e}les, ce qui acc{\'e}l{\`e}re le rendement. Rien n{\textquoteright}indique toutefois qu{\textquoteright}ils aient pratiqu{\'e} une subdivision du travail, celui-ci {\'e}tant r{\'e}parti selon les comp{\'e}tences de chacun. Une gestion solide des diverses {\'e}tapes de la production semble {\^e}tre {\`a} la base de la quantit{\'e} impressionnante de commandes trait{\'e}es.
Une main-d{\textquoteright}{\oe}uvre nombreuse et comp{\'e}tente a rendu possible ce fort volume de production. Les ma{\^\i}tres ont su l{\textquoteright}attirer par la possibilit{\'e} d{\textquoteright}apprendre un m{\'e}tier ou d{\textquoteright}obtenir du travail. La formation des apprentis m{\`e}ne {\`a} la connaissance du m{\'e}tier, plusieurs carri{\`e}res de sculpteurs en font foi. {\`A} la fin de leur contrat d{\textquoteright}apprentissage certains sont employ{\'e}s par les ma{\^\i}tres qui embauchent aussi des menuisiers pour accomplir une partie des travaux. Les commandes ne manquent pas, car deux-tiers des paroisses de la r{\'e}gion montr{\'e}alaise {\'e}tablies en 1830 ont fait affaire avec les sculpteurs de Saint-Vincent-de-Paul -souvent {\`a} plusieurs reprises preuve que ces derniers avaient la capacit{\'e} de rejoindre la client{\`e}le et de la fid{\'e}liser. Le fait qu{\textquoteright}ils aient obtenu des commandes dans la r{\'e}gion de Qu{\'e}bec d{\'e}montre clairement leur aptitude {\`a} ouvrir de nouveaux march{\'e}s.
Au fil du temps, les ma{\^\i}tres de l{\textquoteright}atelier des {\'E}cores sont devenus des notables {\`a} Saint-Vincent-de-Paul, une paroisse qui a b{\'e}n{\'e}fici{\'e} de leur contribution. Il n{\textquoteright}existe pas vraiment un autre groupe avec lequel on peut comparer ces sculpteurs, mais cette {\'e}tude de cas est un exemple convaincant que l{\textquoteright}artisanat a pu activement participer {\`a} l{\textquoteright}{\'e}conomie bas-canadienne au tournant du XIXe si{\`e}cle.
}, year = {2010}, pages = {392}, month = {2010}, publisher = {Universit{\'e} du Qu{\'e}bec {\`a} Montr{\'e}al}, url = {http://www.archipel.uqam.ca/3129}, }