@phdthesis{bibcite_1886, author = {Charles-Philippe Courtois}, title = {Trois mouvements intellectuels qu{\'e}b{\'e}cois et leurs relations fran{\c c}aises~: L{\textquoteright}Action fran{\c c}aise, {\guillemotleft}~La Rel{\`e}ve~{\guillemotright} et {\guillemotleft}~La Nation~{\guillemotright} (1917-1939)}, abstract = {
La question des rapports entre l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Montr{\'e}al (1917-1927), devenue l{\textquoteright}Action nationale (1933-), et l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Paris (1899-1944) a g{\'e}n{\'e}ralement {\'e}t{\'e} pos{\'e}e en termes id{\'e}ologiques. L{\textquoteright}apparente dichotomie entre d{\textquoteright}une part, l{\textquoteright}int{\'e}r{\^e}t du mouvement qu{\'e}b{\'e}cois pour son homonyme fran{\c c}ais dont il adopte le nom, et de l{\textquoteright}autre, l{\textquoteright}ind{\'e}pendance et la dissemblance de leurs id{\'e}ologies, demeurait un {\guillemotleft}\ myst{\`e}re\ {\guillemotright} dans l{\textquoteright}historiographie. La pr{\'e}sente th{\`e}se part de la volont{\'e} d{\textquoteright}{\'e}lucider cette question. Elle propose d{\textquoteright}examiner cette question sous un autre angle, celui de l{\textquoteright}histoire des intellectuels, c{\textquoteright}est-{\`a}-dire de leurs pratiques socioculturelles, qui {\'e}claire la question du rapport entre les deux Actions fran{\c c}aises.
L{\textquoteright}Action fran{\c c}aise, La Rel{\`e}ve (1934-1940) et La Nation (1936-1939), et leurs relations fran{\c c}aises, sont examin{\'e}s dans une perspective comparative. L{\textquoteright}{\'e}tude met en valeur les structures d{\'e}velopp{\'e}es par les mouvements intellectuels au d{\'e}but du XXe si{\`e}cle, innovations d{\'e}terminantes pour l{\textquoteright}action intellectuelle du si{\`e}cle. L{\textquoteright}examen des relations entre ces mouvements s{\textquoteright}augmente de l{\textquoteright}{\'e}tude de leurs relations fran{\c c}aises, qui jouent un r{\^o}le important. L{\textquoteright}{\'e}tude se fonde sur un d{\'e}pouillement des p{\'e}riodiques, la correspondance, l{\textquoteright}analyse des structures, et sur une comparaison des prises de position des mouvements. Cette mise en situation dans Je contexte des d{\'e}bats intellectuels et aux autres mouvements de leur {\'e}poque permet une meilleure caract{\'e}risation de chacun des mouvements.
Apr{\`e}s avoir d{\'e}fini {\guillemotleft}\ intellectuel\ {\guillemotright} et {\guillemotleft}\ mouvement intellectuel\ {\guillemotright}, l{\textquoteright}auteur propose une premi{\`e}re taxinomie des types de mouvements intellectuels. Les mouvements intellectuels caract{\'e}risent les nouvelles pratiques des {\guillemotleft}\ intellectuels\ {\guillemotright} du XXe s., dans le contexte des m{\'e}dias et des modes d{\textquoteright}intervention sp{\'e}cifiquement intellectuels qui apparaissent vers 1900. La {\guillemotleft}\ ligue d{\textquoteright}intellectuels\ {\guillemotright} ressort comme le type le plus ambitieux, celui par lequel un collectif tente de poursuivre une ambition d{\textquoteright}h{\'e}g{\'e}monie culturelle (d{\'e}finie en termes gramsciens). Plus communs, se d{\'e}marquent le mouvement ax{\'e} sur une revue, exploratrice d{\textquoteright}id{\'e}ologies d{\textquoteright}avant-garde, et le mouvement ax{\'e} sur un hebdomadaire de combat, serrant de pr{\`e}s l{\textquoteright}actualit{\'e} et la politique. L{\textquoteright}hebdomadaire de combat et surtout la revue intellectuelle sont deux exemples de p{\'e}riodiques sp{\'e}cifiquement intellectuels qui se d{\'e}veloppent {\`a} c{\^o}t{\'e} des journaux de masse et d{\textquoteright}information.
La premi{\`e}re partie, apr{\`e}s une revue de l{\textquoteright}historiographie, retrace le contexte intellectuel de la naissance de l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Montr{\'e}al. Outre la pr{\'e}sentation des nationalismes alors en jeu, il s{\textquoteright}agit de situer l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise parmi les mouvements existant au moment de sa conception. L{\textquoteright}originalit{\'e} de la Ligue d{\textquoteright}Action fran{\c c}aise et l{\textquoteright}ambition intellectuelle {\guillemotleft}\ gramscienne\ {\guillemotright} de ses fondateurs sont ainsi mises en relief.
La seconde partie analyse l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise et fouille la question de ses rapports avec l{\textquoteright}Action Fran{\c c}aise de Paris. Au-del{\`a} d{\textquoteright}un certain d{\'e}calage entre les id{\'e}ologies de l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Montr{\'e}al et de Paris, la ligue fran{\c c}aise appara{\^\i}t comme un mod{\`e}le de mouvement intellectuel, un mod{\`e}le d{\textquoteright}organisation et de strat{\'e}gie, {\'e}tudi{\'e} et adapt{\'e} par les {\'e}minences de la ligue qu{\'e}b{\'e}coise. La ligue fran{\c c}aise offre un v{\'e}ritable canevas pour {\'e}difier un mouvement dont l{\textquoteright}ambition d{\textquoteright}h{\'e}g{\'e}monie id{\'e}ologique {\`a} long terme est {\`a} la fois comparable et exceptionnelle. La ligue qu{\'e}b{\'e}coise s{\textquoteright}{\'e}difie selon un plan remarquablement analogue. Ce plan, {\'e}tay{\'e} par un {\guillemotleft}\ programme d{\textquoteright}action nationale\ {\guillemotright} fonde une action {\`a} d{\'e}ploiement multiple sur une {\guillemotleft}\ doctrine de nationalisme int{\'e}gral\ {\guillemotright}. Dans les deux cas, une {\guillemotleft}\ ligue d{\textquoteright}action fran{\c c}aise\ {\guillemotright} d{\'e}ploie l{\textquoteright}action intellectuelle en application de ce programme. Le contenu de ce programme comme de la doctrine sont propres {\`a} l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Montr{\'e}al, mais la d{\'e}marche, assez unique, est analogue {\`a} celle de l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Paris, qui lui servit de mod{\`e}le strat{\'e}gique. L{\textquoteright}auteur fonde son hypoth{\`e}se sur la comparaison des structures des deux ligues, la reprise de ces concepts-cl{\'e}s, et la confirme par l{\textquoteright}{\'e}tude de la correspondance de Lionel Groulx et Omer H{\'e}roux, ainsi que les notes de lecture de Groulx. Groulx et H{\'e}roux ont men{\'e} la transformation de la Ligue des droits du fran{\c c}ais (1913) en Ligue d{\textquoteright}Action fran{\c c}aise (l921), en commen{\c c}ant par le lancement de la revue L{\textquoteright}Action fran{\c c}aise (1917).
La caract{\'e}risation de l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise repose sur le d{\'e}pouillement de la revue, o{\`u} est rapport{\'e} l{\textquoteright}ensemble des activit{\'e}s de la Ligue. Cette {\'e}tude fait ressortir un temps fort des rapports entre les deux Actions fran{\c c}aises, vers 1922-1924. Ce rapprochement a {\'e}t{\'e} favoris{\'e} par le renforcement du parti des catholiques ralli{\'e}s ou compagnons de l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise, en particulier le Parti de l{\textquoteright}intelligence men{\'e} par Henri Massis et Jacques Maritain. L{\textquoteright}analyse id{\'e}ologique comparative fait ressortir des diff{\'e}rences entre les nationalismes pourtant traditionalistes des deux mouvements\ : l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Groulx, catholique, rejette le {\guillemotleft}\ politique d{\textquoteright}abord\ {\guillemotright} de Maurras, ne focalise pas sur les formes de gouvernement, n{\textquoteright}est pas r{\'e}volutionnaire et n{\textquoteright}a pas de parti pris en faveur de la dictature, mais accepte le lib{\'e}ralisme constitutionnel. Elle est mod{\'e}r{\'e}e, {\'e}loign{\'e}e de la violence politique et r{\'e}formiste. Il faut dire que la tradition {\`a} laquelle elle se r{\'e}f{\`e}re est politiquement distincte de celle que cultive l{\textquoteright}Action Fran{\c c}aise de Paris. Par contre sa compatibilit{\'e} id{\'e}ologique est plus grande avec les catholiques d{\textquoteright}Action Fran{\c c}aise de France.
Suite {\`a} la Condamnation de l{\textquoteright}Action Fran{\c c}aise de Paris par le Pape en 1926 1927, l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Montr{\'e}al changea de nom et se rallia {\`a} la position de {\guillemotleft}\ primaut{\'e} du spirituel\ {\guillemotright} d{\'e}fendue par Maritain. Le mouvement conna{\^\i}t des difficult{\'e}s, puis rena{\^\i}t en 1933 sous le nom d{\textquoteright}Action nationale. L{\textquoteright}auteur examine la continuit{\'e} du mod{\`e}le de la {\guillemotleft}\ ligue d{\textquoteright}intellectuels\ {\guillemotright} qu{\textquoteright}avait incarn{\'e} l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise chez l{\textquoteright}Action nationale, dont les proportions ne sont plus les m{\^e}mes.
La troisi{\`e}me partie analyse La Rel{\`e}ve et La Nation. La Condamnation de l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Maurras a eu d{\textquoteright}autres retomb{\'e}es, indirectes, dans la vie intellectuelle qu{\'e}b{\'e}coise, qu{\textquoteright}illustrent ces deux mouvements. Du Parti de l{\textquoteright}intelligence, scind{\'e} par ses r{\'e}actions divergentes {\`a} la Condamnation, d{\'e}coulent deux courants de non-conformistes des ann{\'e}es 1930, la Jeune-Droite et les personnalistes. Ces deux courants sont d{\'e}terminants pour La Nation et La Rel{\`e}ve respectivement.
La Rel{\`e}ve est en effet un mouvement {\guillemotleft}\ ami d{\textquoteright}Esprit\ {\guillemotright}, du mouvement personnaliste de Mounier, fortement influenc{\'e} {\`a} sa naissance par Maritain. L{\textquoteright}examen comparatif des deux mouvements d{\'e}voile, outre une proximit{\'e} formelle entre le mod{\`e}le de revue adopt{\'e} par les deux mouvements, un l{\'e}ger {\'e}cart. La Rel{\`e}ve, davantage centr{\'e}e sur la revue, et enti{\`e}rement catholique, demeura plus proche de Maritain qu{\textquoteright}Esprit. Ainsi, les prises de position de La Rel{\`e}ve devant les crises des ann{\'e}es 1930 rejoignent celles de Sept, o{\`u} s{\textquoteright}engagent Maritain et Daniel-Rops, davantage que celles d{\textquoteright}Esprit. Cet {\'e}cart l{\'e}ger entre personnalismes est confirm{\'e} par une plus grande pr{\'e}sence de Maritain et Daniel-Rops que de Mounier dans la revue.
La Nation est lanc{\'e}e par une {\'e}quipe en partie issue de la revue non-conformiste Vivre. Pour {\'e}tablir un hebdomadaire, et poursuivre une ambition d{\textquoteright}agir plus pr{\`e}s de la politique que de l{\textquoteright}exploration id{\'e}ologique, La Nation adapte une formule {\`a} succ{\`e}s qui lui pla{\^\i}t, celle de Gringoire. Entre les trois hebdomadaires fran{\c c}ais d{\textquoteright}extr{\^e}me droite principaux, Candide, Je suis partout et Gringoire, c{\textquoteright}est la formule de Gringoire, satirique, politique et litt{\'e}raire, mais aussi plus populaire, que La Nation avoue pr{\'e}f{\'e}rer. Elle adapte la formule et est influenc{\'e}e id{\'e}ologiquement par Gringoire et Je suis partout. La Nation est fortement impr{\'e}gn{\'e}e de l{\textquoteright}id{\'e}ologie des maurrassiens dissidents, en particulier de la Jeune-Droite. Elle prend comme eux position pour le fascisme en y voyant une fa{\c c}on moderne de parvenir au r{\'e}gime d{\textquoteright}ordre pr{\'e}conis{\'e} par Maurras. Elle adh{\`e}re au {\guillemotleft}\ politique d{\textquoteright}abord\ {\guillemotright} comme ne le fit point l{\textquoteright}Action fran{\c c}aise de Groulx {\textendash} ni L{\textquoteright}Action nationale. La Nation vise en outre {\`a} s{\textquoteright}impliquer directement dans la politique, se rapprochant en cela davantage de Je suis partout que de Gringoire.
Cependant La Nation entend d{\'e}velopper une ligne enti{\`e}rement autonome, cons{\'e}quence de son nationalisme. L{\textquoteright}axe principal de son action est de promouvoir le s{\'e}paratisme et le corporatisme fasciste comme solution politique conjointe. Or son {\'e}volution, mise en situation de la politique, se distingue de celle de Gringoire et Je suis partout. Ces mouvements fran{\c c}ais se radicalisent en effet toujours davantage vers le totalitarisme, un fascisme europ{\'e}en, qui n{\textquoteright}{\'e}tait pas leur position initiale. Au contraire d{\textquoteright}eux, La Nation condamne les accords de Munich. Elle maintient son nationalisme autoritaire et m{\^e}me en att{\'e}nue le fascisme et l{\textquoteright}autoritarisme. D{\'e}laissant le mod{\`e}le italien, elle s{\textquoteright}int{\'e}resse aux exp{\'e}riences am{\'e}ricaines, notamment au cr{\'e}ditisme en Alberta. Son programme se mod{\`e}re toujours davantage, abandonnant graduellement le s{\'e}paratisme pour l{\textquoteright}autonomie. L{\textquoteright}autonomie elle-m{\^e}me passe de revendicative {\`a} d{\'e}fensive. La Nation tente de s{\textquoteright}allier {\`a} des formations politiques nettement plus mod{\'e}r{\'e}es et {\guillemotleft}\ met de l{\textquoteright}eau dans son vin\ {\guillemotright}. Il ressort de cet examen que La Nation se d{\'e}marque de la Jeune-Droite parce qu{\textquoteright}elle place le nationalisme au-dessus du fascisme dans sa hi{\'e}rarchie de valeurs. Son engagement nationaliste l{\textquoteright}attire d{\textquoteright}ailleurs vers davantage de mod{\'e}ration afin de s{\textquoteright}associer {\`a} des ensembles plus nombreux.
Outre le contexte de la realpolitik interne, Lionel Groulx, avec l{\textquoteright}ensemble des nationalistes ind{\'e}pendants dont elle cherche {\`a} se rapprocher, para{\^\i}t avoir exerc{\'e} une influence mod{\'e}ratrice sur La Nation. Il {\'e}mane comme un {\guillemotleft}\ ma{\^\i}tre\ {\guillemotright} de la g{\'e}n{\'e}ration intellectuelle des ann{\'e}es 1930, du moins dans les trois mouvements {\'e}tudi{\'e}s. Des d{\'e}bats et {\'e}changes entre La Rel{\`e}ve, La Nation et L{\textquoteright}Action nationale, il ressort que L{\textquoteright}Action nationale et La Rel{\`e}ve ont davantage de points communs et s{\textquoteright}opposent aux positions de La Nation. Elles rejettent le {\guillemotleft}\ politique d{\textquoteright}abord\ {\guillemotright} et le fascisme, reconnaissant une primaut{\'e} du spirituel qui doit baliser leurs nationalismes respectifs. Les liens interpersonnels entre La Rel{\`e}ve et L{\textquoteright}Action nationale se r{\'e}v{\`e}lent fournis, notamment {\`a} travers l{\textquoteright}organisation des Jeune-Canada. Ces jeunes intellectuels peuvent {\^e}tre qualifi{\'e}s de {\guillemotleft}\ non-conformistes\ {\guillemotright} Qu{\'e}b{\'e}cois.
La th{\`e}se {\'e}claircit le myst{\`e}re des rapports entre les deux Actions fran{\c c}aises, et r{\'e}v{\`e}le l{\textquoteright}importance particuli{\`e}re du Parti de l{\textquoteright}intelligence et du non-conformisme dans les relations intellectuelles franco-qu{\'e}b{\'e}coises de l{\textquoteright}entre-deux-guerres. L{\textquoteright}enqu{\^e}te d{\'e}voile l{\textquoteright}originalit{\'e} de La Nation {\`a} l{\textquoteright}extr{\^e}me droite et la proximit{\'e} entre La Rel{\`e}ve et L{\textquoteright}Action nationale {\`a} travers la jonction du nationalisme et du personnalisme. II ressort de cette attention mise sur l{\textquoteright}{\'e}volution des pratiques que l{\textquoteright}action intellectuelle du XXe si{\`e}cle se d{\'e}marque par l{\textquoteright}importance de l{\textquoteright}action collective, le foisonnement de nouvelles structures d{\textquoteright}engagement que nous appelons {\guillemotleft}\ mouvements intellectuels\ {\guillemotright} et l{\textquoteright}innovation en ces mati{\`e}res d{\textquoteright}organisation. Diff{\'e}rentes organisations r{\'e}pondent {\`a} diff{\'e}rentes strat{\'e}gies et diverses ambitions. L{\textquoteright}{\'e}tude de trois cas de mouvement intellectuel et de relations intellectuelles franco-qu{\'e}b{\'e}coises esp{\`e}re ainsi apporter une contribution utile au chercheur en histoire intellectuelle.
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