@phdthesis{bibcite_1768, author = {Val{\'e}rie Poirier}, title = {Savoirs, mobilisations et construction du risque environnemental de l{\textquoteright}automobile durant les long sixties {\`a} Montr{\'e}al}, abstract = {

Situ{\'e}e {\`a} la crois{\'e}e de l{\textquoteright}histoire sociale, l{\textquoteright}histoire environnementale et l{\textquoteright}histoire de l{\textquoteright}automobile, cette th{\`e}se de doctorat se penche sur les risques environnementaux de l{\textquoteright}automobile {\`a} Montr{\'e}al durant les long sixties. Elle cherche {\`a} comprendre comment et pourquoi l{\textquoteright}automobile, un important symbole de prosp{\'e}rit{\'e} et de progr{\`e}s dans l{\textquoteright}apr{\`e}s-guerre, est devenue pour de nombreux Montr{\'e}alais un risque pour la sant{\'e} et l{\textquoteright}environnement.

Dans un premier temps, cette th{\`e}se explore les fa{\c c}ons dont divers acteurs sociaux aux int{\'e}r{\^e}ts vari{\'e}s, incluant les experts, l{\textquoteright}{\'E}tat, les citoyens, le mouvement environnemental et les mouvements sociaux en g{\'e}n{\'e}ral, ont contribu{\'e} {\`a} identifier les risques environnementaux de l{\textquoteright}automobile en se basant sur diff{\'e}rents savoirs. En montrant comment la conception de ces risques et des fa{\c c}ons de les contr{\^o}ler varie d{\textquoteright}un groupe social {\`a} un autre, en fonction de leurs valeurs et contraintes, nous soulignons leur nature socialement construite. {\`A} cet {\'e}gard, cette th{\`e}se se r{\'e}f{\`e}re {\`a} la th{\'e}orie culturelle du risque {\'e}labor{\'e}e par Mary Douglas. Dans un deuxi{\`e}me temps, elle met {\`a} profit la th{\'e}orie des nouveaux mouvements sociaux afin de comprendre la nature de la politisation et de la mobilisation {\`a} l{\textquoteright}{\'e}gard des risques environnementaux de l{\textquoteright}automobile dans le contexte de la mouvance contestataire caract{\'e}risant Montr{\'e}al et la sc{\`e}ne internationale plus largement.

Les experts fonctionnaires ont d{\textquoteright}abord particip{\'e} {\`a} la construction d{\textquoteright}un savoir scientifique leur permettant de d{\'e}finir ce risque et de formuler l{\textquoteright}id{\'e}e que le monoxyde de carbone est pr{\'e}sent en quantit{\'e} suffisante dans la ville pour causer des intoxications. Ce savoir scientifique et technique, qui s{\textquoteright}accompagne d{\textquoteright}une autorit{\'e} privil{\'e}gi{\'e}e dans la soci{\'e}t{\'e}, participe ainsi {\`a} l{\'e}gitimer l{\textquoteright}id{\'e}e que la pollution automobile repr{\'e}sente un risque. Ces experts v{\'e}hiculent toutefois une conception {\'e}troite de ce risque, qui se concentre sur la pollution de l{\textquoteright}air et ne remet pas en cause les forces sociales, politiques et {\'e}conomiques qui permettent cette pollution. Ils se tournent {\'e}galement vers des solutions de nature technique ou technologique, et cherchent peu {\`a} politiser ces risques. Ces experts n{\textquoteright}ont toutefois qu{\textquoteright}une influence mitig{\'e}e sur les gouvernements les employant, qui, pour leur part, ne priorisent pas ce risque.

Les experts extragouvernementaux, issus essentiellement du monde universitaire, utilisent quant {\`a} eux leur statut d{\textquoteright}expert afin de s{\textquoteright}imposer dans le d{\'e}bat public et de pr{\'e}senter leur propre vision des risques de la pollution automobile, beaucoup plus alarmiste que celle pr{\'e}sent{\'e}e par les fonctionnaires. Afin de g{\'e}rer ces risques, ils sugg{\`e}rent d{\textquoteright}abord une r{\'e}flexivit{\'e} accrue face aux processus de modernisation {\`a} leur source et proposent de mieux instruire la population. Ultimement, ils veulent inciter les citoyens {\`a} s{\textquoteright}engager davantage, car ces derniers repr{\'e}sentent selon eux la seule force politique capable d{\textquoteright}influencer les gouvernements. D{\`e}s lors, ces experts amorcent une politisation de ces risques.

Le troisi{\`e}me groupe social qui contribue {\`a} la construction de ces risques est form{\'e} d{\textquoteright}associations fond{\'e}es dans la foul{\'e}e de l{\textquoteright}{\'e}mergence du mouvement environnemental, dont la Soci{\'e}t{\'e} pour vaincre la pollution (SVP), la Society to Overcome Pollution (STOP), Sauvons Montr{\'e}al, le Monde {\`a} bicyclette (M{\`a}B) et la F{\'e}d{\'e}ration qu{\'e}b{\'e}coise du cyclotourisme (FQC). Contrairement aux experts fonctionnaires et extragouvernementaux, les groupes environnementaux l{\'e}gitiment leur pr{\'e}sence sur la sc{\`e}ne publique et leurs discours par le savoir hybride qu{\textquoteright}ils d{\'e}tiennent, bas{\'e} {\`a} la fois sur certaines donn{\'e}es emprunt{\'e}es aux experts, sur leurs propres {\'e}tudes scientifiques et sur leur connaissance intime de l{\textquoteright}environnement montr{\'e}alais. Les critiques que ces associations adressent {\`a} l{\textquoteright}automobile refl{\`e}tent les premi{\`e}res pr{\'e}occupations du mouvement environnemental et concernent essentiellement sa contribution {\`a} la pollution de l{\textquoteright}air et la destruction de l{\textquoteright}environnement urbain qu{\textquoteright}elle provoque.

Cette th{\`e}se montre que ces associations environnementales sont {\'e}galement profond{\'e}ment influenc{\'e}es par la mouvance contestataire marquant la sc{\`e}ne montr{\'e}alaise et internationale. Ce faisant, elles ont articul{\'e} leurs critiques de l{\textquoteright}impact environnemental de l{\textquoteright}automobile aux pr{\'e}occupations de plusieurs autres mouvements sociaux, comme la contreculture, les mouvements de femmes, le mouvement syndical, le socialisme et d{\textquoteright}autres mouvements citoyens concern{\'e}s par la qualit{\'e} de vie urbaine. Ces critiques s{\textquoteright}accompagnent ainsi d{\textquoteright}une forte r{\'e}sonance sociale, en d{\'e}non{\c c}ant l{\textquoteright}automobile pour les injustices qu{\textquoteright}elle renforce, parce qu{\textquoteright}elle est un objet d{\textquoteright}oppression des femmes et parce qu{\textquoteright}elle repr{\'e}sente un symbole des abus du capitalisme. Le contexte contestataire des ann{\'e}es 1960 et 1970 influence {\'e}galement les strat{\'e}gies de ces organisations afin de se mobiliser et de politiser ces risques. {\`A} l{\textquoteright}instar des associations issues d{\textquoteright}autres mouvements sociaux, ces groupes ont insist{\'e} sur le besoin de renforcer la participation d{\'e}mocratique des citoyens aux processus d{\'e}cisionnels.

Finalement cette th{\`e}se aborde {\'e}galement la controverse provoqu{\'e}e par la construction de l{\textquoteright}autoroute est-ouest en 1970-1971 {\`a} Montr{\'e}al. Cette {\'e}tude de cas nous permet d{\textquoteright}illustrer plusieurs observations et conclusions formul{\'e}es dans notre th{\`e}se. Elle permet ainsi de voir qu{\textquoteright}au tournant des ann{\'e}es 1970, l{\textquoteright}automobile en vient {\`a} {\^e}tre per{\c c}ue comme un risque social et environnemental et que plusieurs acteurs sociaux ont consid{\'e}r{\'e} la participation d{\'e}mocratique des citoyens comme {\'e}tant la principale solution face {\`a} ces risques.

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