@phdthesis{bibcite_1191, author = {Am{\'e}lie Bourbeau}, title = {La r{\'e}organisation de l{\textquoteright}assistance chez les catholiques montr{\'e}alais~: la F{\'e}d{\'e}ration des {\oe}uvres de charit{\'e} canadiennes-fran{\c c}aises et la Federation of Catholic Charities, 1930-1972}, abstract = {

Cette {\'e}tude de l{\textquoteright}assistance catholique {\`a} Montr{\'e}al entre 1930 et 1974 explore la transition de r{\'e}seaux marqu{\'e}s par la charit{\'e} catholique traditionnelle {\`a} l{\textquoteright}assistance moderne bureaucratis{\'e}e, s{\'e}cularis{\'e}e, professionnelle et {\'e}tatique. {\`A} travers les cas de deux f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res, la F{\'e}d{\'e}ration des {\OE}uvres de charit{\'e} canadiennes-fran{\c c}aises (FOCCF) et la Federation oI Catholic Charities (FCC), nous ins{\'e}rons les parcours catholiques montr{\'e}alais dans le contexte nord-am{\'e}ricain, tout en soulignant leurs particularit{\'e}s. L{\textquoteright}hypoth{\`e}se g{\'e}n{\'e}rale qui sous-tend nos recherches est que les dirigeants des f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res catholiques, des hommes d{\textquoteright}affaires nouvellement engag{\'e}s dans l{\textquoteright}assistance, participent {\`a} la bureaucratisation, la professionnalisation, la s{\'e}cularisation et l{\textquoteright}{\'e}tatisation de l{\textquoteright}assistance. Ces processus sont con{\c c}us de mani{\`e}re dynamique, {\'e}voluant sous l{\textquoteright}action de groupes et d{\textquoteright}individus tout en suscitant des r{\'e}actions diverses de leur part. Ainsi, l{\textquoteright}{\'e}volution des r{\'e}seaux d{\textquoteright}assistance n{\textquoteright}est pas lin{\'e}aire, mais le r{\'e}sultat de n{\'e}gociations entre les acteurs en pr{\'e}sence: hommes d{\textquoteright}affaires, travailleurs sociaux, b{\'e}n{\'e}voles, membres du clerg{\'e}, simples citoyens.

{\`A} partir d{\textquoteright}un corpus de sources incluant des archives organisationnelles et personnelles, des journaux {\`a} grand tirage, des m{\'e}moires en service social et des rapports publics, nous avons {\'e}t{\'e} en mesure de situer l{\textquoteright}action des dirigeants et animateurs de la FOCCF et de la FCC en rapport avec les quatre processus {\`a} l{\textquoteright}{\'e}tude. La comparaison des communaut{\'e}s catholiques anglophone el francophone a r{\'e}v{\'e}l{\'e} des diff{\'e}rences dans les mani{\`e}res de concevoir l{\textquoteright}organisation de l{\textquoteright}assistance, tributaires de la taille respective des deux groupes et de la mentalit{\'e} des acteurs en pr{\'e}sence.

La cr{\'e}ation des f{\'e}d{\'e}rations, au d{\'e}but des ann{\'e}es trente, est le fruit d{\textquoteright}une {\'e}volution qui s{\textquoteright}{\'e}tale sur une quinzaine d{\textquoteright}ann{\'e}es, marqu{\'e}e par le recours de plus en plus fr{\'e}quent {\`a} l{\textquoteright}assistance non institutionnelle et un besoin de mieux coordonner les efforts de tous les acteurs en pr{\'e}sence. La grande d{\'e}pression agit comme catalyseur. S{\textquoteright}ensuit l{\textquoteright}arriv{\'e}e de nouveaux acteurs dans l{\textquoteright}assistance catholique priv{\'e}e, des hommes d{\textquoteright}affaires qui b{\'e}n{\'e}ficient du soutien imm{\'e}diat de l{\textquoteright}archev{\^e}que de Montr{\'e}al et qui entreprennent de f{\'e}d{\'e}rer les agences sociales catholiques de Montr{\'e}al sous un organisme de financement qui assurera leur viabilit{\'e}. Les dirigeants des f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res ont proc{\'e}d{\'e} {\`a} la r{\'e}organisation de l{\textquoteright}assistance, en suivant en premier lieu le mod{\`e}le bureaucratique d{\textquoteright}affaires, qui sert des fins d{\textquoteright}efficacit{\'e} el de rationalit{\'e}. Ce mod{\`e}le n{\textquoteright}est cependant pas universel, et les deux communaut{\'e}s suivent des chemins qui s{\textquoteright}{\'e}cartent rapidement. Les anglophones choisissent une bureaucratie limit{\'e}e, tandis que les francophones mettent sur pied, en l{\textquoteright}espace de quinze ans, une structure hautement bureaucratis{\'e}e. Les responsabilit{\'e}s de chaque instance sont d{\'e}finies, les relations entre la f{\'e}d{\'e}ration et ses membres, d{\'e}termin{\'e}es par des r{\`e}gles claires. Les dirigeants b{\'e}n{\'e}voles d{\'e}pendent de plus en plus de l{\textquoteright}expertise du personnel salari{\'e} pour prendre des d{\'e}cisions, Ce personnel est compos{\'e} d{\textquoteright}employ{\'e}s de bureau mais, rapidement, les comptables occupent une place centrale au sein des deux f{\'e}d{\'e}rations, bien qu{\textquoteright}ils le fassent de mani{\`e}re plus pouss{\'e}e dans la FOCCF. La valorisation des pratiques comptables au sein des f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res t{\'e}moigne de la volont{\'e} de rendre le financement de l{\textquoteright}assistance efficace, transparent et rationnel.

Les f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res participent aussi {\`a} l{\textquoteright}{\'e}mergence d{\textquoteright}un nouveau groupe de professionnels, les travailleurs sociaux. Si la valorisation de leur expertise est li{\'e}e {\`a} la bureaucratisation, qui repose en grande partie sur les comp{\'e}tences individuelles, ce sont les hommes qui en ont le plus b{\'e}n{\'e}fici{\'e}, tant les membres du clerg{\'e} que les la{\"\i}cs. Les travailleuses sociales la{\"\i}ques et religieuses ont, malgr{\'e} des exceptions notables, jou{\'e} un r{\^o}le plus effac{\'e} jusqu{\textquoteright}aux ann{\'e}es soixante.

Domaine ancr{\'e} dans les traditions religieuses, la charit{\'e} non institutionnelle a {\'e}t{\'e} profond{\'e}ment transform{\'e}e par la r{\'e}organisation. Encourag{\'e}es par l{\textquoteright}archev{\^e}ch{\'e}, la fondation des f{\'e}d{\'e}rations et l{\textquoteright}{\'e}mergence du travail social professionnel sonnent plut{\^o}t, aux oreilles de certains, comme une menace envers les aspects religieux de l{\textquoteright}assistance. L{\textquoteright}autonomie des f{\'e}d{\'e}rations vis-{\`a}-vis des autorit{\'e}s eccl{\'e}siastiques et la pr{\'e}sence majoritaire des la{\"\i}cs, mais aussi la r{\'e}sistance d{\textquoteright}organisations qui peinent {\`a} adapter leurs pratiques aux changements sont des {\'e}l{\'e}ments qui expliquent le repli du religieux au fil des d{\'e}cennies. L{\textquoteright}{\'e}tatisation des services sociaux, au tournant des ann{\'e}es soixante-dix, acc{\'e}l{\`e}re ce processus sans que l{\textquoteright}{\'E}glise catholique ne disparaisse compl{\`e}tement du domaine de l{\textquoteright}assistance.

Les ann{\'e}es soixante sont d{\textquoteright}ailleurs mouvement{\'e}es pour les f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res, aux prises avec un {\'E}tat provincial qui acc{\'e}l{\`e}re sa prise en charge de l{\textquoteright}assistance et des travailleurs sociaux, appuy{\'e}s de nombreux membres des deux communaut{\'e}s, qui souhaitent voir la bureaucratie temp{\'e}r{\'e}e par la participation d{\'e}mocratique de toutes les franges de la population. Cette remise en question du r{\^o}le des f{\'e}d{\'e}rations est le r{\'e}sultat de mouvements sociaux plus larges, critiques des {\'e}lites traditionnelles et de la bureaucratie qui, non plus per{\c c}ue comme garante de la transparence et de l{\textquoteright}efficacit{\'e}, suscite plut{\^o}t de la m{\'e}fiance. Les f{\'e}d{\'e}rations financi{\`e}res de Montr{\'e}al se trouvent dans l{\textquoteright}obligation de changer leurs mani{\`e}res de faire, de se renouveler dans un contexte o{\`u} l{\textquoteright}{\'E}tat prend de larges pans de l{\textquoteright}assistance en charge. Elles d{\'e}cident finalement de s{\textquoteright}unir, fondant Centraide en 1974.\ 

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