@phdthesis{bibcite_1180, author = {Maxime Gohier}, title = {La pratique p{\'e}titionnaire des Am{\'e}rindiens de la vall{\'e}e du Saint-Laurent sous le R{\'e}gime britannique~: pouvoir, repr{\'e}sentation et l{\'e}gitimit{\'e} (1760-1860)}, abstract = {

{\`A} partir de la derni{\`e}re d{\'e}cennie du XVIIIe si{\`e}cle, les Am{\'e}rindiens de la vall{\'e}e du Saint-Laurent ont eu recours {\`a} la pratique p{\'e}titionnaire pour faire valoir leurs revendications aupr{\`e}s des autorit{\'e}s coloniales. Cette th{\`e}se {\'e}tudie les circonstances entourant l{\textquoteright}adoption, par les communaut{\'e}s autochtones, de ce mode de communication politique d{\textquoteright}origine britannique, ainsi que ses modalit{\'e}s particuli{\`e}res d{\textquoteright}utilisation par les Am{\'e}rindiens. Contrairement {\`a} la plupart des {\'e}tudes r{\'e}centes, qui recourent aux p{\'e}titions surtout pour documenter l{\textquoteright}historique des revendications autochtones, la th{\`e}se propose une analyse globale de la pratique, en s{\textquoteright}int{\'e}ressant {\`a} toutes les requ{\^e}tes, indistinctement des sujets abord{\'e}s, des communaut{\'e}s qui les ont produites ou des autorit{\'e}s sollicit{\'e}es. Cette approche, qui voit dans la p{\'e}tition un v{\'e}ritable rituel politique, vise {\`a} mettre en lumi{\`e}re le r{\^o}le jou{\'e} par cette pratique dans la transformation des structures politiques des communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes au XIXe si{\`e}cle ainsi que de leur rapport {\`a} la soci{\'e}t{\'e} coloniale.

La th{\`e}se souligne notamment l{\textquoteright}importance de la pratique dans le processus de mise en tutelle des Am{\'e}rindiens par l{\textquoteright}{\'E}tat, qui a abouti {\`a} l{\textquoteright}adoption des premi{\`e}res lois sur les Indiens au milieu du XIXe si{\`e}cle. Les nombreuses requ{\^e}tes pr{\'e}sent{\'e}es par les communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes aux autorit{\'e}s coloniales ont en effet contribu{\'e} {\`a} {\'e}tablir une relation dans laquelle l{\textquoteright}{\'E}tat {\'e}tait non seulement l{\'e}gitim{\'e}, mais avait m{\^e}me le devoir d{\textquoteright}intervenir dans les affaires locales des communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes. L{\textquoteright}analyse, centr{\'e}e sur la culture politique, permet de mieux comprendre ce processus en mettant en lumi{\`e}re les luttes et les relations de pouvoir que cristallisait la pratique p{\'e}titionnaire am{\'e}rindienne, selon les diff{\'e}rents contextes politiques au sein desquels elle s{\textquoteright}int{\'e}grait : soit l{\textquoteright}Empire britannique, l{\textquoteright}{\'E}tat colonial et la communaut{\'e} autochtone villageoise.

La pratique p{\'e}titionnaire am{\'e}rindienne constitue notamment une excellente occasion d{\textquoteright}analyser le r{\^o}le des Am{\'e}rindiens dans le processus de formation de l{\textquoteright}{\'E}tat colonial britannique en Am{\'e}rique. Adopt{\'e}e par les Canadiens d{\`e}s le lendemain de la Conqu{\^e}te, la p{\'e}tition ne s{\textquoteright}est impos{\'e}e dans les communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes de la vall{\'e}e du Saint-Laurent qu{\textquoteright}au lendemain de l{\textquoteright}ind{\'e}pendance des treize colonies am{\'e}ricaines et de l{\textquoteright}adoption par Londres de l{\textquoteright}Acte constitutionnel de 1791. {\`A} la lumi{\`e}re de la transformation des modes de gouvernance de l{\textquoteright}Empire britannique durant la seconde moiti{\'e} du XVIIIe si{\`e}cle, la transition des rituels diplomatiques autochtones vers la pratique p{\'e}titionnaire appara{\^\i}t comme le r{\'e}sultat d{\textquoteright}une croissance importante du pouvoir exerc{\'e} par l{\textquoteright}{\'E}tat colonial, via le d{\'e}partement des Affaires indiennes, dans la vie quotidienne des communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes. Une telle analyse de la relation entre les Am{\'e}rindiens et l{\textquoteright}{\'E}tat, centr{\'e}e sur les pratiques plut{\^o}t que sur les discours officiels, permet de remettre en question l{\textquoteright}interpr{\'e}tation traditionnelle de la politique indienne, qui voit dans la fin des guerres coloniales la cause imm{\'e}diate du changement de statut des Am{\'e}rindiens vis-{\`a}-vis de l{\textquoteright}{\'E}tat.

La th{\`e}se {\'e}tudie aussi le processus de pr{\'e}paration des p{\'e}titions et souligne comment le discours v{\'e}hicul{\'e} par ces documents, qui repr{\'e}sentait les Am{\'e}rindiens comme des individus pauvres, ignorants et d{\'e}pendants de l{\textquoteright}intervention {\'e}tatique, r{\'e}pondait davantage aux besoins d{\textquoteright}individus qui cherchaient {\`a} exercer leur pouvoir sur les Am{\'e}rindiens et sur leurs biens qu{\textquoteright}{\`a} la r{\'e}alit{\'e} quotidienne de ces derniers. De tels discours servaient {\`a} l{\'e}gitimer la mainmise qu{\textquoteright}exer{\c c}aient (ou que cherchaient {\`a} exercer) les missionnaires, les agents des Affaires indiennes ou des notaires sur la gestion des Affaires indiennes et r{\'e}pondaient essentiellement aux nouveaux paradigmes de l{\textquoteright}{\'E}tat lib{\'e}ral, dont la logique d{\textquoteright}intervention reposait sur la prise en charge de la pauvret{\'e} et de la d{\'e}viance.

Finalement, la th{\`e}se {\'e}tudie comment la pratique p{\'e}titionnaire s{\textquoteright}est int{\'e}gr{\'e}e aux luttes politiques internes des communaut{\'e}s et comment elle a contribu{\'e} {\`a} en transformer les enjeux. Bien qu{\textquoteright}on connaisse encore mal la dynamique politique des communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes au d{\'e}but du XIXe si{\`e}cle, la p{\'e}tition nous permet {\`a} tout le moins de voir {\`a} l{\textquoteright}{\oe}uvre un processus de transformation dans la nature du pouvoir des chefs, qui en plus de leur r{\^o}le de repr{\'e}sentants de leurs communaut{\'e}s, sont devenus aussi des gestionnaires de fonds publics. Cette transformation a largement influenc{\'e} l{\textquoteright}utilisation que les Am{\'e}rindiens ont faite de la pratique p{\'e}titionnaire, qui s{\textquoteright}est impos{\'e} rapidement comme un privil{\`e}ge des chefs et comme un moyen d{\textquoteright}asseoir la l{\'e}gitimit{\'e} de leur autorit{\'e} {\`a} la fois vis-{\`a}-vis de l{\textquoteright}{\'E}tat et au sein m{\^e}me de leurs communaut{\'e}s. En revanche, l{\textquoteright}adoption de cette pratique a aussi cr{\'e}{\'e} des opportunit{\'e}s pour l{\textquoteright}{\'e}mergence de nouvelles formes de contestation du pouvoir, qui ont abouti {\`a} la remise en cause du syst{\`e}me politique autochtone traditionnel. C{\textquoteright}est de cette nouvelle dynamique d{\textquoteright}opposition, qui prenait {\`a} t{\'e}moin les autorit{\'e}s coloniales, qu{\textquoteright}ont {\'e}merg{\'e} les premi{\`e}res lois sur les Indiens, afin d{\textquoteright}accorder une reconnaissance l{\'e}gale aux institutions politiques autochtones. En ce sens, la pratique p{\'e}titionnaire a jou{\'e} un r{\^o}le fondamental dans la survie politique des communaut{\'e}s am{\'e}rindiennes au XIXe si{\`e}cle, mais aussi dans le processus ayant conduit {\`a} leur mise en tutelle.\ 

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